Les Décloîtrés

Anaïs Leclère – Inde

En arrivant en Inde, je m’attendais à…
Un choc social et culturel bien plus important. Bien sûr, l’arrivée en Inde peut être brutale mais je m’attendais à “pire”, si j’ose dire cela ainsi. Pendant des mois, on m’a rappelé à maintes reprises qu’il fallait que je sois prête à encaisser ce fameux “choc” et qu’il fallait que je fasse attention à ma sécurité à tout prix, notamment ne jamais être seule. Certes, la réalité sociale est difficile ; tous les jours je vois des personnes – et bien souvent des enfants – mendier dans la rue. Je vois des choses auxquelles je n’aurai jamais été confrontée en France et auxquelles je n’aurai même jamais songé, comme le fait que des personnes handicapées, qui n’ont pas/plus l’usage de leurs jambes, ne disposent pas d’un fauteuil roulant.

Pour ce qui est de la sécurité, il faut dire que je me suis sentie à l’aise beaucoup plus tôt que je ne l’avais imaginé. Quand on est blanc – il n’y a pas d’autre façon de le dire – on fait l’objet d’une certaine bienveillance ici (en tout cas à Bangalore). Que ce soit au sein de mon ancien stage ou même dans la rue, je me sens privilégiée dans la façon qu’ont les gens d’être sans cesse prêts à m’aider. Cela n’a cependant pas que des avantages, les regards sont bien souvent beaucoup plus persistants si vous êtes blanc et si vous êtes une femme qui plus est.

 
Quel a été ton itinéraire depuis ton arrivée ?

Travaillant tout au long de la semaine, je ne peux sortir de Bangalore que pendant les weekends. Je suis déjà allée à Pondichéry, sur la côte est. Je me suis également rendue du côté ouest : une fois à Bylakuppe (ville d’Inde du sud qui accueille le plus de réfugiés tibétains) et Madikeri (assez proche de Bylakuppe, Madikeri est la ville la plus grande de la région du « Coorg » – notamment connue pour ses plantations de café) puis dans l’Etat de Goa (très fréquenté par les Russes et les Indiens du nord pour ses belles étendues de plage mais aussi très appréciable pour ses jolies rizières et anciennes demeures datant de l’ère coloniale portugaise).

 
A quoi ressemble une journée ordinaire ?
Ma « journée type » consiste à prendre un Uber ou une « auto » (c’est ainsi qu’on appelle les « rickshaw » ici) pour me rendre auAnais travail (une autre solution serait de louer un scooter, alternative ô combien tentante mais peut-être suicidaire au vu du trafic à Bangalore). La seule spécificité de ma journée de travail qui mérite d’être mentionnée est le déjeuner.  Ici, pas question de garder son assiette pour soi. Chacun pose son repas sur la table. Ainsi, tout le monde goûte ce qui a été cuisiné par les autres (même s’il faut avouer que mes pâtes au pesto ne remportent pas un franc succès, ni même ma purée au lait de coco).
Ensuite, je rentre chez moi après une heure coincée dans les bouchons, sous 30 degrés. Bien que le soleil se couche tôt – aux alentours de 18h30 – Bangalore offre de nombreuses possibilités pour occuper ses soirées (cinéma, concerts, restaurants), ce qui est d’autant plus faisable que le prix de la vie est deux à trois fois plus faible qu’en France.

 
Quelles sont tes impressions les plus marquantes ?

Je crois que ce qui m’a marqué – et qui continue de me marquer le plus – c’est d’avoir la constante impression qu’ici tout est compliqué, mais pas impossible (c’est d’ailleurs ce que le premier indien que j’ai rencontré, dans l’avion, m’avait dit). Quand vous demandez une information à quelqu’un, il essaiera de vous aider à tout prix, même s’il n’a aucune idée de la bonne réponse. Cela débouche sur des situations plus ou moins comiques (en fonction de votre humeur), comme la fois où j’ai arpenté une même rue pendant une heure avant de trouver le bon bâtiment. De même, il semble toujours plus ou moins possible de vous accommoder des règles.

 
Existe-t-il un mot ou une expression intraduisible en français ? 
Malheureusement, je n’ai que très peu de connaissances sur la langue locale, le kannada. Il est en effet très facile de parler anglais ici.

 
Quel(s) conseil(s) donnerais-tu à ceux qui aimeraient partir ?
La vie en Inde est très différente en fonction d’où vous décidez de vous installer. Renseignez-vous bien sur le climat, la taille de la ville, la population et je dirais même le niveau de pollution (je ne me serais pas vu vivre à Delhi par exemple).
Ensuite, essayez d’avoir quelques contacts avant d’arriver, cela rassure et aide beaucoup. Si jamais vous pouvez trouver un logement (je vous conseille la colocation) avant d’arriver, cela vous évitera beaucoup de stress et vous aidera à vous sentir bien plus rapidement.

 
Avant de partir, si j’avais su j’aurais…
Réfléchi à deux fois avant d’entreprendre un stage au sein de l’administration indienne. En effet, ce n’est pas ce que j’espérais en terme de dynamisme et de compétences professionnelles.

D’un côté beaucoup plus matérialiste, si j’avais su j’aurais pris une moustiquaire dans ma valise afin de ne pas être réveillée en pleine nuit par les piqûres – même si ça n’arrive peut-être pas à tout le monde.

 

Pendant ce voyage ou séjour, tu en profites pour…

Apprendre ! Au semestre dernier, j’étais en Norvège en tant qu’étudiante Erasmus. J’en ai beaucoup profité pour voyager mais, depuis que je suis en Inde, ce n’est plus ma préoccupation première. Quand je suis arrivée en Inde, j’ai eu tout de suite l’impression qu’il fallait que j’apprenne beaucoup de choses si je voulais comprendre et intégrer la culture locale. Plus j’interagis avec les locaux, plus je me rends compte que je ne connaissais finalement pas grand chose à ce pays il y a encore deux mois. Par exemple, en Europe, on parle beaucoup de Gandhi qui, certes, s’est battu de manière incroyable pour l’indépendance de son pays. Cependant, on a complètement fait l’impasse sur Ambedkar, personnage tout aussi, si ce n’est plus, important ! Ambedkar a en effet un parcours unique dans la mesure où il venait de la caste des « dalits », les intouchables, mais c’est pourtant à lui qu’on a fait appel pour rédiger la Constitution indienne. À travers cette Constitution, Ambedkar a sacralisé des valeurs pour lesquelles il s’est battu toute sa vie, telle que l’égalité, qui est malheureusement encore trop peu appliquée aujourd’hui en Inde.

 
Quels sont tes prochains projets ?
J’espère pouvoir rester en Inde jusque fin juillet, le temps de finir mon stage puis de voyager au nord de l’Inde, notamment dans la région du Cachemire.

La Paz - Bolivie arrow-right
Next post

arrow-left La pizza à l'ananas : Mai più !*
Previous post