Les Décloîtrés

Au pays des chiens de traîneaux

Par Lauriane Perrigault & Florie Cotenceau

Canada. Moins 15 degrés Celsius. Nous sommes en décembre 2014 et je pars à la découverte du Grand Nord de la province québécoise. Équipée de quatre à cinq couches de vêtements et de trois paires de chaussettes (l’intérêt étant de survivre au voyage), je m’apprête à traverser des kilomètres de neige. Mon transport ? Les chiens de traîneaux.

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Tout périple en neige commence dans une pourvoirie. Il s’agit d’un établissement offrant des services et équipements nécessaires à la pratique de la chasse, de la pêche, du trappage (capture d’animaux sauvages à l’aide de piège), et bien entendu, des voyages en chiens de traîneaux, dit « traîneaux à chiens » en québécois. Nous nous rendons dans le chenil, il comporte pas moins de 76 chiens. Les animaux sont en extérieur car ils sont des habitués du grand froid, ils sont donc à l’aise entre – 5 et – 20 degrés. Au-dessus de 0 degré, il fait trop chaud pour ces braves bêtes, en dessous de moins 30, ils ressentent (enfin) le froid.

Le guide répartit ensuite les traîneaux en fonction de la corpulence et de la taille des personnes. Ceci fait, nous avons la lourde tâche d’aller chercher les chiens dans leur niche. Nous devons les faire avancer en les faisant tenir sur leurs pattes arrière pour ne pas qu’ils s’échappent, car lorsqu’ils comprennent qu’ils partent en balade, ils sont vraiment très excités ! Une fois tous les chiens installés – un traîneau comprenant de 6 à 9 chiens – nous nous élançons. Dans ce voyage au Grand Nord, nous sommes 6 traîneaux (chacun comportant deux personnes) à faire le trajet ensemble. Je partage le mien avec une de mes amies : Alina. En troisième position, les ennuis ne tardent pas à arriver. Les chiens de traîneaux de celui de derrière rattrapent les miens et les cordes s’emmêlent les unes aux autres. Il est donc très difficile d’arrêter son traîneau pour les démêler, le seul frein possible étant notre voix et ce sont souvent les chiens qui ont le dernier mot. Pour ajouter une complication, le « musher » (le conducteur) ne peut pas descendre de son traîneau car il fait contrepoids. Par chance, les chiens de mon traîneau ont finalement accéléré et les cordes se sont démêlées sans problème.

Le trajet continue et on apprend doucement à se stabiliser sur les traîneaux. Par exemple, pour tourner, on doit bien le faire ralentir pour ne pas se renverser. Concernant la direction, pas de volant, juste un cri différent suivant le chemin voulu. « Ah » pour la gauche, « Tchi » pour la droite.

Petit moment de répit avant que n’intervienne une « situation d’urgence » pour le traîneau qui ouvre la voie. Un chien a eu peur d’un ruisseau et a fait stopper brutalement tout l’équipage. Diane, la passagère, doit tirer les chiens pour les faire traverser le ruisseau. Une tâche ardue quand on imagine neuf chiens bien décidés à ne pas avancer. Le deuxième groupe rattrape alors le premier, les cordes s’emmêlent, et me voilà qui arrive dans le tas avec mon traîneau. Tout va très vite et je me retrouve les boots dans le ruisseau. Le risque de « bataille » est alors très grand. En effet, les chiens peuvent être très « friendly » (doux et affectueux) avec l’homme mais très agressifs et dangereux entre eux. Ils peuvent se battre à mort s’il l’un d’eux ne se soumet pas au dominant, c’est la raison pour laquelle les chiens sont toujours attachés. En règle générale, ils ne se battent pas lorsqu’ils courent ou pendant la nuit. Hors, en pleine journée et avec trois traîneaux à l’arrêt, nous risquons une bataille entre plus d’une vingtaine de chiens. Et, alors que les cordes sont toujours emmêlées et que le guide appelle des renforts à coup de « situation urgente !  » dans son talkie walkie, l’un des chiens attrape un autre au cou. Le sang coule sur la neige et j’essaie de mettre un coup de pied pour les séparer. Une solution qui peut sembler excessive mais tous les coups sont permis pour arrêter des chiens prêts à se battre jusqu’à la mort. Enfin, le dominant relâche l’autre husky. Celui-ci a dû se soumettre.

Mon traîneau repart en tête de cortège une fois le drame évité. Il fait sombre car la lune éclaire peu (rappelons qu’il est seulement 16 heures) et je n’ai clairement aucune idée d’où aller. Les chiens commencent à fatiguer. Je dois faire de la « trottinette », c’est-à-dire, laisser un pied sur le traîneau et pousser avec le second pour les aider à avancer. Pas question de s’emmêler de nouveau avec le traîneau de derrière !

Le guide nous crie « gauche et droite » à la fois ! Traduction : lorsque l’on voit un abri à gauche, il faut tourner à droite. Du moins, c’est ce que nous supposons. Cela s’avère être la bonne direction. Ouf ! La fin du trajet se termine dans un refuge. Première tâche, détacher les chiens de traîneaux et les accrocher à des arbres où des chaînes sont prévues. Ils vont passer la nuit dehors sans problème. Un repas bien mérité s’impose, à base de morceaux de viande glacé (pour les chiens évidemment). Il faut veiller à ce que chacun ait le sien, pour éviter de les exciter. Pour nous, direction le refuge. Il y fait 8 degrés à l’intérieur et les toilettes sèches sont à l’extérieur. Heureusement, un poêle va rapidement faire augmenter la température, celle-ci monte à 27 degrés après (seulement) quatre heures. Au milieu du parc des Appalaches, on entend des hurlements proches de ceux des loups. Un bon repas nous a été apporté en motoneige et on profite de ce moment pour se reposer de la première journée bien mouvementée.

Deuxième journée. Réveil à 7h30 avec les courbatures de la veille au niveau des bras à force d’avoir retenu les chiens sur une douzaine de kilomètres ! On repart sur les traîneaux. Je fais toujours équipe avec Alina mais six de nos chiens roux sont échangés par des chiens au poil noir et blanc. On voit donc le « checkeur » partir à regret pour un autre troupeau. Le « checkeur » est le surnom que l’on avait donné à l’un de nos chiens de l’arrière du traîneau qui se retournait sans cesse pour vérifier qu’on les suivait.

Nouveau départ. La piste est bien plus enneigée que la veille. Nouvelle embûche autour d’un virage à droite. Le traîneau se prend dans une souche d’arbre recouverte par la neige. On s’arrête brusquement. Faisant contrepoids, je ne peux pas quitter mon poste. Le fils du guide vient m’aider, et je ne vois pas le traîneau repartir. N’étant plus dessus, je cours et saute pour le rattraper. C’est reparti ! À la moitié du trajet, je passe de « musher » à passagère. Les sensations sont très différentes, la vitesse et les secousses paraissant bien plus effrayantes mais la vue est sublime ! Preuves à l’appui.

Photo article traineauxx

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