Les Décloîtrés

Belle rencontre- Géraldine

Grâce au CRIDEV (Centre de documentation et d’échanges pour la solidarité internationale), les Décloîtrés ont eu la chance de rencontrer Géraldine, jeune femme qui, comme nous, souhaite célébrer les femmes et s’enthousiasmer face à leurs forces plutôt que s’attarder sur leurs faiblesses, dans le cadre d’un projet ambitieux dans trois pays d’Asie…

 

© Rémy Sardat

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Géraldine, je suis graphiste formatrice féministe. J’ai grandi dans un environnement principalement masculin. Seule petite fille dans une classe de douzaine de garçons, j’ai choisi le foot comme hobby pour me plier aux loisirs locaux alors que je détestais essayer de courir. J’étais l’ainée d’une fratrie de garçons, élevée par un père qui n’avait pas prévu d’élever ses enfants seul. Bref, j’étais « la fille ». Jeune femme, j’apprivoise les amitiés féminines et je découvre que mon image de « fille » me transforme en objet. Les années défilent, mon entourage se construit et se déconstruit, mais on se plaît toujours à me mettre dans des cases que je n’ai pas choisies. Je veux sortir de ce système et trouver ma liberté, en dépit des normes extérieures.

 

Pouvez-vous présenter votre projet en quelques mots ?

Je pars en Inde, puis à Bali et enfin au Cambodge afin de réaliser des portraits de femmes et les interroger sur leur espace de liberté qu’elles s’octroient dans l’éducation qui a été et est toujours la leur. Ma question centrale est : D’une éducation à une autre, comment les femmes trouvent leur espace de liberté?

Plus que des interviews je souhaite créer des échanges de cœur à cœur. Je considère leurs prédispositions sociales : société patriarcale, éducation androcentrique*, éducation parentale, lieu de naissance et codes qui composent leur culture sociale et locale, etc… afin d’établir une série de questions adaptées

J’ai créé un partenariat avec les enfants d’une classe de CP – CE2 de l’école Frenet Léon Grimault à Rennes. Je me positionne donc comme intermédiaire entre les enfants et les femmes que je vais rencontrer. Les élèves travaillent leur propre grille de questions découlant de leur sensibilité et du résultat des ateliers que j’ai menés avec eux.

 

Quel est votre objectif ?

J’aimerais apporter un regard positif sur le pouvoir et les capacités des femmes en partageant des actions, des ressentiments et des comportements que les femmes ont choisis d’incarner pour trouver leur liberté malgré les injustices sexistes qu’elles ont pu rencontrer.

 

J’aimerais aussi permettre aux enfants d’être des acteurs dans un projet dépassant les frontières. Dans une société où les migrations de populations soulèvent les débats, il me semblait nécessaire d’apporter cette vision que le voyage pouvait être vécu de différentes façons, et même si nous n’avons pas toujours la liberté de nous déplacer. Disons que c’est ma part de colibri pour inspirer et encourager la nouvelle génération en devenir…

 

Pourquoi cette démarche ? Comment vous est venue l’idée ?

Dans un premier temps il s’agit d’une démarche personnelle. C’est en préparant un voyage au long court que je me suis demandée : suis-je réellement capable de voyager seule ? Le concept même de voyager seule en tant que femme n’est pas accueilli favorablement par mon entourage. Les questions autour de ma sécurité sont les plus redondantes. A force de longs discours j’obtiens le soutien de mon entourage mais les premières intentions sont plus dissuasives qu’encourageantes. En fait, je me suis demandé si j’étais moins légitime qu’un homme pour passer la frontière sans but honorable.

J’ai alors fait le premier constat que tous ces systèmes éducatifs m’ont moulée en une femme que je ne suis pas. Simone de Beauvoir disait : « On ne naît pas femme, on le devient ». En ce qui me concerne j’aurai préféré trouver le mode d’emploi. Ce qui est sûr c’est qu’à travers ce voyage, j’ai décidé d’incarner ma liberté.

 

Comment avez-vous choisi les pays où vous allez vous rendre ? (Inde, Bali, Cambodge)

Je pense que c’est un projet qui peut être valable dans chaque pays mais il fallait bien commencer quelque part. J’avais envie d’aller en Asie depuis longtemps. J’ai décidé de commencer par l’Inde parce que j’avais des contacts sur place et aussi parce qu’on entend beaucoup parler de la condition des femmes, réputée mauvaise là-bas.

 

Par qui êtes-vous accompagnée pour l’organisation de ce projet ?

© Géraldine Silly

Je suis accompagnée par différents acteurs rennais du « partir éthique », notamment le CRIDEV avec lequel J’ai suivi un programme d’accompagnement à la mobilité.

Jeunes à travers le monde est une association qui m’accompagne également. Leur but est de favoriser la mobilité internationale pour les jeunes de 16 à 35 ans. Ils m’ont accompagnée dans mes démarches pour construire autour de mes envies ce projet citoyen.

D’autres soutiens amicaux sont chers à mes yeux comme Martin Bertrand qui est photographe, actuellement en Asie pour un reportage autour des visages du Mékong. Nous avons pu échanger autour des médiums à privilégier pour la valorisation d’un tel projet. Il me donne des conseils pour les questions pratiques liées au voyage.

 

Comment allez-vous aborder les femmes une fois sur place ?

Je prévois de les interroger avec les questions des enfants dans un premier temps, afin d’établir un échange un peu plus lointain et moins « intime » au début. Les enfants veulent savoir comment les femmes vivent là-bas, ce sera donc ma première approche.

J’ai aujourd’hui quelques contacts avec des organisations mais j’ai aussi à cœur de rencontrer des femmes « ordinaires » qui ne sont pas impliquées dans quelque action militante qui soit.

Quel type de question voulez-vous leur poser ?

Tout d’abord des questions sur leur quotidien, leur famille et leurs éducations reçues. Il est capital pour moi de pouvoir tenir compte de leurs prédispositions sociales. Ensuite, les questions tendront vers leurs prises de position, leur ressenti face à leur liberté et, si elles me le permettent, des questions de l’ordre de l’intime.

 

Pouvez-vous nous donner des exemples de questions ?

Surprise… Mes questions évolueront au fil des rencontres et du temps, il est donc aujourd’hui difficile de répondre à cette question mais je peux vous donner un aperçu : As-tu des frères et sœurs ? Que fais-tu dans la vie ? Que trouves-tu injuste autour de toi ? Y a-t-il des choses que tu ne te sens pas capable de faire ? Quel message positif souhaites tu communiquer aux enfants et aux femmes de mon / ton pays ?

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur l’école avec laquelle vous travaillez sur ce projet ?

© Géraldine Silly

Pour cette question, je vais laisser Thierry Cadoret, maître de la classe avec laquelle je travaille, vous répondre. « Le cœur de notre école c’est l’enfant auteur. Il parle pour exprimer ses idées, partager sa culture. Nous donnons une grande part à ce qui vient de lui, de la maison, de son quartier… La correspondance est une des techniques que nous mettrons en avant cette année grâce à Géraldine. Parler de l’autre, poser des questions, confronter les modes de vie, avoir un regard sur des femmes qui ne sont pas les mamans ou les sœurs…. Cela suscitera certainement un tas de débat » .

 

Vous avez déjà mené des ateliers avec les enfants sur la question des identités de genre, quelles ont été leurs réactions ?

Un des ateliers que j’ai menés portait sur les stéréotypes de genre. J’ai divisé la classe en deux groupes et leur ai demandé de dessiner un garçon et une fille. Ensuite, on a analysé ensemble les attributs de la fille et du garçon. J’ai fait de même avec des jouets très « genrés » (petite voiture par exemple). Je leur ai demandé : pourquoi ce jouet est-il plus pour un garçon ou une fille ? Qui achète les jouets ?

Dans cette démarche, l’important est toujours que la réflexion vienne des enfants eux-mêmes. Je ne leur insuffle pas de message, je souhaite qu’ils déconstruisent et se posent les bonnes questions tout seuls.

 

Quel sera l’engagement des enfants tout au long de votre projet ?

Nous travaillons encore sur les questions qu’ils souhaitent poser aux femmes. Tout au long de mon voyage, ils pourront commenter les articles que je posterai sur mon blog et m’envoyer de nouvelles questions ou des lettres qu’ils souhaitent adresser aux femmes que j’aurai rencontrées. Nous envisageons également de communiquer par Skype mais nous rencontrons quelques problèmes techniques sur ce point pour le moment.

 

Comment comptez-vous transmettre ce que vous aurez vécu une fois rentrée en France ?

Je souhaite organiser une exposition avec les enfants et participer à une soirée organisée par le CRIDEV sur leur thème annuel « discriminations racistes et sexistes » en tant que témoin. J’aimerais également organiser une exposition photo de mon côté mais c’est encore à définir.

 

Envisagez-vous de faire de cette thématique un des éléments de votre parcours professionnel ou n’est ce qu’une « parenthèse » ?

D’un point de vue pratique, c’est certes une parenthèse car ce n’est pas un projet avec lequel je vais gagner de l’argent. Mais personnellement, cela n’est en pas une. Ce projet va certainement m’enrichir personnellement et je pense que je serai d’avantage prête à m’affirmer comme « graphiste féministe ». Aujourd’hui, on me commande encore des affiches très stéréotypées et sexistes auxquelles j’ai du mal à dire non. J’espère être plus à même de défendre mes idéaux en revenant.

 

Comment suivre l’avancée de votre projet au jour le jour ?

Vous pourrez me suivre sur les réseaux sociaux, instagram et facebook, mais essentiellement sur mon site web : www. iciportraitdefemmes.com

 

 

* Caractère de ce qui est centré sur l’homme

 

Un article de Constance Horeau et Anaïs Leclère

© Géraldine Silly

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