Les Décloîtrés

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Il y a un peu moins d’un mois, Jair Bolsonaro, candidat de l’extrême droite brésilienne, a été élu président de la République. Un virage à droite qui peut surprendre mais qu’on a surtout envie de comprendre. C’est pourquoi nous vous proposons deux articles d’étudiants brésiliens en échange à Sciences Po Rennes revenant sur ces élections.

Décryptage d’Igor Ferreira Da Silva sur les principales causes de cette crise politique aux multiples facettes.

« Comment un président d’extrême droite a été élu au Brésil ? L’expansion de l’extrême droite n’est pas une particularité brésilienne. Par exemple, Donald Trump a été élu aux États-Unis, Viktor Orban est le Premier Ministre de la Hongrie et Marine Le Pen a eu un résultat considérable lors des dernières élections en France. Dans cet article, notre but n’est pas d’expliquer ce phénomène mondial, mais plutôt d’essayer de comprendre quelques éléments responsables du discours qui est devenu hégémonique dans ces élections présidentielles au Brésil.

Dans les années de gouvernement de Luiz Inácio Lula da Silva, plus connu comme Lula, du Parti des Travailleurs (PT), le pays est passé par une période de croissance économique qui a diminué les tensions sociales dans un des pays les plus inégaux au monde. Mais avec le début de la récession économique en 2014, la politique de conciliation développée par Lula et continuée par sa successeur, Dilma Rousseff, a commencé à s’affaiblir. À partir de 2013, des manifestations contre le gouvernement de Dilma Rousseff ont eu lieu. De plus en plus, les manifestations se sont agrandies (en comptant avec la participation massive des classes moyennes et le soutien des élites) et, en 2016, la présidente a été destituée par un impeachment. C’était la première victoire des forces réactionnaires.

Dans ce cadre, des mouvements de droite ont gagné en force en utilisant les réseaux sociaux comme le principal outil de divulgation de leurs idées. À titre d’exemple, le « Movimento Brasil Livre » (MBL) et le « Movimento Vem pra Rua » sont des organisations qui ont émergé dans les nouveaux médias et qui ont joué un rôle fondamental pour la destitution de Dilma Rousseff en convoquant des protestations à travers Facebook. En général, ces organisations ont pour programme politique la haine contre le PT (connue au Brésil comme le « antipetismo »), le conservatisme moral et le néolibéralisme. Via les réseaux sociaux, ces idées ont été diffusées et ont gagné de l’espace spécialement parmi les classes moyennes pour atteindre plus tard aussi les classes populaires.

Dans les dernières années, les riches brésiliens sont devenus encore plus riches, mais le sentiment d’opposition au gouvernement de gauche était toujours là. Les politiques sociales promues par le PT ont sorti des millions de personnes de la misère, d’autres se sont élevées aux classes moyennes ; avec des initiatives d’action positive et des programmes de bourses et de financement, l’accès à l’université a été garanti à ceux qui avant ne pouvaient pas y accéder. Pour cette raison, les élites et la classe moyenne traditionnelle ont perdu des privilèges, ce qui est considéré inacceptable pour eux. L’allégorie la plus connue de cet indignation réactionnaire est l’affirmation selon laquelle avec le gouvernement du PT les aéroports du pays sont devenus des arrêts de bus (c’est-à-dire excessivement populaires, car avant seulement les plus riches pouvaient se payer un billet d’avion).

Bien que la corruption soit reconnue comme une pratique de longue date dans la vie politique brésilienne, les forces de droite au Brésil ont fait une association directe entre le PT et la corruption. C’est-à-dire, la corruption est devenu synonyme du PT, donc combattre la première serait comme combattre le deuxième. Des scandales de corruption impliquant des membres du PT ont aidé a diffuser cette idée, comme l’enquête Lava Jato (lavage express). En fait, l’enquête a démontré que nombreux partis sont impliqués dans des cas de corruption, ce qui est un phénomène institutionnel au Brésil. Cependant, la population s’est divisée entre les souteneurs du PT et ses opposants.

Cette polarisation a instauré une crise politique au pays. Étant donné cette crise politique, la meilleure solution était de former une coalition de gauche contre Jair Bolsanoro, mais cette coalition n’a pas été mis en place à cause des choix politiques du PT et du PDT (Parti Démocratique Travailliste), les deux principales forces à gauche du spectre politique. Puisqu’une partie de la population est contaminée par le sentiment de colère contre le PT. Entre un candidat de ce parti et un candidat de n’importe quel autre parti, même d’extrême droite, le deuxième serait la meilleure option. Cela a été confirmé au deuxième tour des élections présidentielles.

Par ailleurs, les églises néo-pentecôtistes ont une présence de plus en plus forte dans la vie de plusieurs  brésiliens. Jusqu’à récemment la force de ces églises était relativisée, mais elles ont trouvé en Jair Bolsanoro le candidat qui représente leurs idées, parce qu’il a un discours moraliste comme le leur et est évangélique. Pour cette raison, les dirigeants des principales églises évangéliques ont déclaré leur soutien à Jair Bolsonaro. Parmi eux se trouve Edir Macedo, évêque qui détient l’une des principales chaînes de TV, la Record. Comme exemple de son soutien à Jair Bolsonaro, la Record a dédié 30 minutes d’émission exclusive au candidat alors que les autres débattaient sur une autre chaîne (Jair Bolsonaro a refusé de participer aux interviews et débats entre les candidats à la Présidence de la République).

Les raisons expliquant l’élection de Jair Bolsonaro sont diverses : elles passent par le cadre politique, social et religieux brésilien, ce qui forme une complexité difficile à  déchiffrer. Malgré cela, il faut prendre en compte que Fernando Haddad, le candidat du PT, a reçu 47 millions des votes, et Bolsonaro, 57 millions. Les nombres démontrent encore une division profonde dans la société brésilienne en terme politique, cela remet en cause le soutien de la population à l’extrême droite. Par exemple, beaucoup de fidèles des églises évangéliques (qui ont voté largement pour Jair Bolsonaro) sont issus des couches sociales inférieures. Leur conservatisme moral sera placé en priorité par rapport aux droits sociaux (comme ceux liés au travail) qui sont attaqués de front par le nouveau président. »

C’est ensuite Caroline Nilo e Silva qui nous offre une autre perspective associant la montée de l’extrême droite à la misogynie pré-fasciste.

« Les dernières élections présidentielles au Brésil (2018) ont clairement indiqué que le pays du carnaval, du football et des belles plages est également recouvert d’une mentalité fasciste. Le président élu, Jair Bolsonaro, fait partie du Parti Social Libéral – PSL, actuellement l’un des plus grands représentants de l’extrême droite au Brésil, après avoir été nommé par les journaux français « Donald Trump ».

          Plusieurs facteurs ont conduit à cela, parmi lesquels il faut nommer le machisme et la structure patriarcale actuelle comme des facteurs symboliques de grand impact, marquant la destitution de la dernière présidente élue démocratiquement, Dilma Rousseff, du Parti des Travailleurs (PT). La vague de haine et de discours misogyne contre la figure de la présidente Dilma en 2016, annonçait déjà l’intolérance et les préjugés à l’origine du fascisme qui s’est installé au Brésil aujourd’hui.

Le début des travaux du comité de destitution de la première femme présidente du Brésil a eu lieu le 28 avril 2016, lors du second mandat de la présidente Dilma Roussef. Les accusations portées contre elle étaient:

1) la publication de six décrets de supplémentation budgétaire sans l’approbation du Congrès

et 2) un retard dans le versement des subventions agricoles aux banques d’État, appelé « pédale fiscale« . Au fur et à mesure du déroulement de la procédure, notamment lors du vote d’ouverture à la Chambre des députés, les arguments avancés par les partisans de la destitution ne résumaient qu’un faux discours moral au nom de « Dieu », « famille » et « propriété » et rien sur la discussion constitutionnelle et proprement juridique sur la pratique de crimes fiscaux hypothétiques.

Des slogans comme « au revoir, chérie » ont été largement utilisés par les opposants de la présidente. Des images virtuellement éditées représentant la présidente dans des positions vulgaires ont été diffusées sur Internet et même imprimées. De même, les médias hégémoniques ont aussi discrédité l’image de la présidente, le corps de la femme dans ce scénario, qui précède sa position politique en tant que chef de l’exécutif, a toujours été utilisé comme un territoire d’usage politique par le machisme. Celui-ci est utilisé par les opposants pour tenter de ridiculiser la femme qui avait gagné les élections et par conséquent dérangé l’hégémonie patriarcale et masculine dans la politique nationale.

L’année 2002, lorsque le président Luiz Inacio Lula da Silva – également du Parti des travailleurs de même que Dilma Rousseff – a été élu à la tête de l’exécutif, marque le début de 14 années de gouvernement de gauche au Brésil. Cette période, malgré la croissance économique et sociale, ainsi que la reconnaissance internationale et la présence du Brésil dans les BRICS depuis 2009. Cela était suffisant pour perturber une prétendue élite qui rejette la montée de la classe pauvre dans la classe moyenne, les politiques d’inclusion sociale et la résurgence des minorités socio-économiques.

Cependant, il est trompeur de penser que la haine au PT est responsable de la vague fasciste. En fait, l’explosion du rejet au Parti des travailleurs a été méticuleusement construite par les mouvements de droite, principalement par la diffusion massive de fake news.

En parallèle, le président récemment élu, Jair Bolsonaro, alors qu’il était député au moment du vote sur la destitution de Dilma, a rendu hommage au bourreau bien connu de la période de la dictature militaire brésilienne (1964 – 1979) Carlos Brilhante Ustra.

Le fascisme a de nombreux visages et l’intolérance associée à la désinformation est un terrain fertile pour la stimulation de la haine. Par conséquent, la femme qui est historiquement forcée dans une position de subalterne souffre doublement dans la lutte politique. Il reste la recette prête pour le coup d’État misogyne et conservateur auquel le Brésil est confronté. »


Image tiré du journal ©Le Monde

Ils sont là !

Vous nous les avez réclamés, et nous les publions aujourd’hui en ligne pour satisfaire nos lecteurs globe-trotters ! Il s’agit bien évidemment de nos deux magazines de l’année: notre magazine traditionnel sur l’audace et notre hors-série sur les femmes à travers le monde.
Nous espérons que vous aurez autant de plaisir à les lire que nous avons eu à les réaliser.

Merci encore pour voter soutien et bonne lecture !

Notre édition 2018 sur le thème de l’Audace

Notre hors-série 2018 : Féminins Singuliers

Nous remerçions tous nos partenaires, nos contributeurs kengo, notre équipe de rédacteurs de terrain et toutes les personnes et organisations ayant contribué de près ou de loin à ce projet éditorial.

A tout bientôt,
Les Décloîtrés

Temps fort 2018

Exposition photo et sortie des magazines !

On vous dévoile le résultat de nos efforts…
Pour célébrer la sortie de leur magazine annuel et d’un hors-série, nous avons eu envie de vous inviter à une exposition photo.
Quel regard porte un jeune de 20 ans sur le monde en 2018 ? Quelles appréhensions et quels émerveillements guident son objectif ? De Pise à Moscou, de Shanghaï à Valparaiso, ce parours est un témoignage du sentiment grisant que provoque la confrontation à l’altérité quand on parcoure le monde en solitaire pour la première fois.
Plus qu’un album de voyage, les jeunes adultes des Décloîtrés vous invitent à les suivre dans un véritable tour du monde en 33m².
Le vernissage aura lieu le 17 avril 2017 au 4Bis à Rennes de 18 à 20h. A cette occasion, nous dévoilerons notre magazine annuel et son hors-série…

Nous comptons sur vous !

 

Vous l’avez fait !

L’équipe des Décloîtrés est heureuse de vous annoncer que le 1er prix du jury lui a été décerné dans le cadre de la compétition Trophées Campus ! Ce prix récompense notre projet sur lequel nous travaillons depuis maintenant six mois, et nous tenons donc à vous remercier pour votre participation et votre soutien comme nous l’ont prouvé les plus de 2000 votes reçus lors de notre campagne ; mais notre projet ne s’arrête pas là car en avril aura lieu le vernissage de l’expo photo pour le lancement de nos deux magazines (traditionnel et hors série).

Nous comptons sur votre soutien sans faille pour y assister !

Trophée des campus 2018

Nouvelle année, nouveau défi !

Ce printemps, Les Décloîtrés n’éditent non pas un mais bien deux magazines ! Nous travaillons d’arrache-pied pour sortir un Hors-série sur la place des femmes à travers le monde à l’heure où, en Europe, les femmes sont toujours payées 15,8% de moins que les hommes, où l’on découvre l’ampleur des cas de harcèlement sexuel dans tous les espaces et dans toutes les couches de notre société, et où chaque jour le droit à l’avortement est remis en question. Pour donner un visage et une voix à ces situations, ce numéro particulier dressera également les portraits de femmes inspirées et inspirantes rencontrées au cours de nos pérégrinations.

Pour fêter le lancement du magazine avec nous, nous vous invitons d’ores et déjà à la soirée d’inauguration de l’exposition qui se tiendra à Rennes à cette occasion.

 

Vos votes comptent !

Nous sommes fiers d’annoncer que notre projet a été sélectionné pour participer aux Trophées Campus, une initiative de Ouest France qui récompense et encourage les projets étudiants les plus audacieux. A la clé, une dotation financière et une campagne de publicité qui feraient prendre au projet une tout autre dimension et péréniserait les activités de l’association.

Pour nous soutenir, rien de plus simple : vous pouvez voter pour nous une fois par jour en suivant ce lien.

Et pour en savoir plus sur le projet : c’est par là !

Merci à vous !

C’est fou et vous l’avez fait, nous n’aurions pas pu recevoir un meilleur cadeau de Noël !

Grâce à votre soutien, notre crowfunding kengo a atteint 860€ sur l’objectif initial que nous avions de 800€ !

On est comblés, un grand merci pour votre confiance et vos dons, qui vont nous permettre de mener à bien la publication de nos deux magazines, de rémunérer notre graphiste comme il se doit, de la faire venir à Rennes… Encore merci de faire vivre les Decloitres comme vous le faites, on vous réserve encore plein de surprises et de projets !

 

 

Un nouveau Hors-série dans les cartons !

// ET BIM //

Les Décloîtrés sont heureux de vous annoncer le projet d’un tout nouveau Hors-Série à paraître d’ici mai 2018 qui abordera un sujet un peu différent de nos 7 précédents numéros sur les expériences de mobilité à l’international.

Nous lui avons donné pour sujet la place des femmes à travers le monde à l’heure où, en Europe, les femmes sont toujours payées 15,8% de moins que les hommes, où l’on découvre l’ampleur des cas de harcèlement sexuel dans tous les espaces et dans toutes les couches de notre société, et où chaque jour le droit à l’avortement est remis en question.

Pour donner un visage et une voix à ces situations, ce numéro particulier inclura également une série de portraits de femmes inspirées et inspirantes rencontrées au cours de nos pérégrinations.

Le projet en images :

 

Afin que ce projet voie le jour et pour nous permettre de rémunérer notre talentueuse graphiste Sol Zamorano nous avons besoin de votre aide !

Pour nous soutenir et en savoir davantage, visitez notre page kengo.

Merci pour votre soutien et à tout bientôt !

De la peur de partir… à la peur de revenir

Le forum des mobilités, qui a eu lieu ce jeudi 6 octobre au sein de l’IEP de Rennes, a été l’occasion pour les futurs expatriés d’échanger avec les étudiants rentrés en France depuis seulement quelques mois. Mathilde Peyrègne, Enaël Février et Agathe Foucher sont allées à la rencontre des futurs et ex-voyageurs pour les Décloîtrés.

Si l’année de mobilité est source d’inquiétudes pour les étudiants de 2e année, c’est avec beaucoup d’enthousiasme voire de nostalgie que les 4e année l’abordent. Pour beaucoup, cette année de mobilité, que ce soit en stage ou en université, a été une expérience humainement très riche et formatrice.

Les craintes et les innombrables questions des futurs voyageurs, comme14589794_10210704559800160_4192391132812964527_o la peur de se retrouver seul ou de ne pas s’intégrer, sont très vite relativisées par les 4e année. En effet, une premre solidarité se crée souvent spontanément entre les étudiants étrangers. Puis l’intégration à la vie étudiante locale se fait petit à petit grâce à des systèmes de tutorat entre étudiants étrangers et locaux, à l’université par exemple. Le conseil, un peu cru mais partagé par beaucoup de 4e année, est de « ne pas rester qu’entre Français » afin de s’immerger totalement dans la culture locale. D’autant que la majorité de ces étudiants dit avoir été accueillie par des personnes très chaleureuses et souriantes.

Les interrogations des deuxième année concernant le fameux « coup de blues des premières semaines à l’étranger » sont alors évincées, au profit d’un autre problème qu’ils n’avaient pas anticipé : comment gérer la nostalgie lors du retour en France ? Certains quatrième année affirment mettre du temps à se réadapter à la vie française, regrettant déjà l’année passée : « la troisième année, tu passes deux ans à la préparer et à angoisser, puis deux ans à la regretter ».

Ces témoignages, à la fois très enthousiastes et nostalgiques, ne peuvent que rassurer et renforcer l’envie de partir des futurs expatriés. Et peu à peu, la peur du départ pourrait se transformer en une angoisse… du retour.

Humeur d’un 14 novembre

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Aujourd’hui, l’agitation matinale du marché sous mes fenêtres m’a réveillé, comme tous les samedis. Je suis descendu acheter ma baguette à la boulangerie et j’ai fait un tour chez le coiffeur. Bref, un samedi comme les autres. Mon portable m’avait assuré qu’il y aurait du soleil dans l’après-midi donc en bon touriste que je suis j’avais décidé d’en profiter pour prendre un peu de hauteur et grimper les quelques marches de la Tour Eiffel, histoire admirer Paris d’un peu plus haut.

Aujourd’hui, pas de chance il fait gris et les nuages semblent bien décidés à passer leur journée à s’accrocher à la capitale. Après tout, les prévisions météorologiques n’en sont pas à leur première erreur. Et la Dame de fer n’accueille exceptionnellement aucun visiteur. Bizarre… Du coup je me suis dit que j’allais écrire, ça peut pas me faire de mal ce n’est pas souvent. J’aurais bien eu un stage à l’étranger à trouver, mais ça me paraissait si dérisoire.

Aujourd’hui, c’est le samedi 14 novembre et j’ai pourtant la fâcheuse impression de m’être réveillé 10 mois en arrière. En traversant le marché, entre les banales discussions des passants et les exclamations des vendeurs, je saisis des « je l’ai appris à 23h », « on dit qu’il y a eu 150 morts » ou encore « l’état d’urgence a été décrété ». Il y a aussi les unes des journaux qui titrent « Carnages à Paris », « L’horreur à Paris », « Cette fois c’est la guerre ». Est-ce que je suis bien réveillé ?

Et puis, je me rappelle hier, on était bien le 13 novembre. Un vendredi. Une de mes amies a joué au loto. Il paraît ça porte chance. Je ne sais pas si elle a gagné. Et je crois qu’elle-même s’en fout un peu à vrai dire. Hier soir après l’entraînement je suis sorti avec des amis. On est allé manger dans une pizzeria. Rien d’exceptionnel, mais ça nous faisait plaisir de se retrouver, passer du temps ensemble à discuter, rire, se raconter nos vies. Puis je suis rentré chez moi. J’ai machinalement commencé à regarder la deuxième mi-temps de France-Allemagne et une première notification m’a alerté d’une fusillade en cours dans le Xème arrondissement à la terrasse d’un bar. Surpris, j’ai d’abord pensé à des règlements de compte, des histoires de trafics drogue, comme cela arrive malheureusement trop souvent. On annonce ensuite à la télé que deux explosions ont été ressenties aux abords du Stade de France. Le Président est exfiltré de l’enceinte sportive. Puis une deuxième fusillade, dans le XIème. Et la sanglante prise d’otage dans la salle du Bataclan. Les mots « attentats », « terroristes », que j’avais déjà oubliés reviennent brutalement et ça fait mal.

Choc et incompréhension devant ce déchaînement de violence aveugle et insensé, sans cibles particulières. Horreur et douleur face aux nombreuses victimes, innocentes, qui comme moi une heure avant, sortaient simplement pour se détendre et passer un bon moment entre amis. Colère et dégoût envers les auteurs de ces crimes qui ont perdu toute humanité. De la tristesse ce matin, comme le reste d’une France endeuillée. J’ai ressenti un peu tout ça à la fois, dans l’ordre ou dans le désordre je ne sais plus trop, au fur et à mesure que les événements se déroulaient.

Comme beaucoup j’imagine, j’ai suivi les fils d’actualités, les chaînes d’infos en attente de nouvelles sur la situation. J’avais beau être proche physiquement de ces tragiques événements, je n’ai fait finalement que les suivre à distance derrière mon écran d’ordinateur, bien au chaud dans mon appartement. Aussi je ne pourrais pas vous décrire plus en détail l’atmosphère qui régnait dans Paris. De toute façon, de près ou de loin nous ressentons tous la même chose face à de telles atrocités. Mais subsiste malgré tout le désagréable sentiment que « ça aurait très bien pu tomber sur moi… » : des amis de mon frère ont assisté à l’effroyable spectacle depuis un restaurant de la rue de Charonne, à quelques mètres de la fusillade. Passer mon début de 3A à Paris n’était semble-t-il pas la bonne idée.

Ensuite c’est, comme le 7 janvier dernier, une vague d’émotion qui a submergé les réseaux sociaux. Parfois indécente et immonde : les récupérations politiques en tous genres et autres amalgames xénophobes ont encore une fois fleuri sur des pages où la profondeur des réflexions des internautes faisait froid dans le dos. Mais souvent sincère et humaine : pour s’associer à la douleur des victimes et appeler à la solidarité et l’union face à la terreur. Et entre toutes ces réactions, ce #PrayforParis qui est revenu en boucle. Si l’émotion était vraisemblablement bien réelle pour les nombreuses personnes qui l’ont utilisé, je ne peux m’empêcher de croire que cela sent le coup marketing à plein nez. Après l’indignation face à la mort de dizaines d’innocents, c’est donc l’indignation de voir encore une fois des personnes peu scrupuleuses cherchant à faire du profit en toutes circonstances qui m’a gagné. Considérer un drame avec aussi peu de respect et de dignité me révolte.

Aujourd’hui, un formidable élan collectif semble une nouvelle fois s’élever en France contre les atrocités commises pour défendre les valeurs républicaines telles que la tolérance, la fraternité ou la solidarité et rappeler qu’elles sont essentielles à notre société. C’est beau, ça donne des ailes, on se sent soudés et soutenus dans une même épreuve, et on se prend à rêver que la France ira mieux après : « La France ne sera plus jamais la même » entendra-t-on sûrement. Mais je redoute que, à l’image du fameux « esprit du 11 janvier » qui s’est vite heurté à notre quotidien (au mien en tout cas), ce que l’on appellera peut-être « esprit du 13 novembre » s’essouffle aussi vite qu’il a pris corps et que la France reste finalement la même.

Ces terribles événements sonnent ainsi comme une douloureuse piqûre de rappel à mes yeux et me confrontent à la relative hypocrisie de ce que j’affirmais comme mes convictions en janvier dernier. Pourquoi toujours attendre de se prendre le pire en pleine face pour réagir alors que depuis 10 mois bien d’autres problèmes n’ont cessé de ronger la France ? Pourquoi ne suis-je pas aussi solidaire que je veux bien le dire quand il s’agit de la crise migratoire ou bien simplement de partager ne serait-ce qu’une émotion avec un sans-abri plutôt que de me réfugier derrière un mur d’ignorance ? Ai-je peur de lire dans leurs yeux leur souffrance quotidienne, ai-je peur qu’ils me renvoient un sentiment de culpabilité que j’éprouverais de toute façon à l’ignorer ?

Aujourd’hui, l’agitation matinale du marché sous mes fenêtres m’a réveillé, comme tous les samedis… En fait non pas comme tous les samedis, ce n’était définitivement pas un samedi comme les autres.

Simon Germon

Making-of-Décloitrés : Plongée dans l’imprimé

Même au fin fond de la Bretagne, les Décloitrés ne se refusent jamais une occasion de voyager ! Alors quand vos dévoués voyageurs ont été invités à découvrir l’envers des Décloitrés, Cloître et son imprimerie, ni une ni deux, nous avons sauté sur l’occasion. Le temps d’une journée, nous voici donc embarqués, avec nos partenaires graphistes de LISAA, direction Landerneau ! Et qu’importent les rafales de vent, les trombes d’eau, le froid mordant, ce n’est pas le climat brestois qui allait nous arrêter !

 

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A peine arrivés et pas très bien réveillés – réveil à 5h30 oblige – Claire Philbée et Marie-Claire Franchet, nos conseillères en chef, nous accueillent et nous guident à travers l’imprimerie. Avec elles, le prochain Décloitrés – déjà le #6 ! – se découvrent déjà un peu. En flânant entre les machines, les plaques d’impression, les bureaux de conception, on en imagine déjà les pages sortir toute chaudes des imprimantes qui ronronnent çà et là. De l’impression, nous passons aux ateliers de découpage et de pliage, explorons de nouveaux métiers, discernons plus qu’une profession, des engagements concrets et des vocations ! Il faut le dire. Les Décloitrés ne sont pas peu fiers de travailler avec un imprimeur qui a choisi de mettre le développement durable et l’économie sociale au cœur de ses préoccupations.

 

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De retour dans les combles de Cloître, nous y attend un nouvel atelier, minutieusement concocté: les papiers créatifs ! L’occasion de tester, de voir, de toucher toutes ces matières qui pourraient venir un jour prolonger l’expérience Décloitrés. S’y cachait non sans malice l’Alga Carta de Favini qui émaille le portfolio de notre #5, mais aussi des papiers offset, filigranés, nacrés, etc. Toute une palette d’expression qui laisse songeur quant au prochain numéro. Qui sait quelle surprise tactile il pourrait bien vous réserver !

 

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Le buffet bien vite englouti, ne restait plus qu’à accompagner nos acolytes graphistes pour un dernier atelier : « Les pièges du print ! » Comprenez les contraintes de l’impression car ces machines qui nous livrent nos beaux numéros ont elles aussi leurs petites manies. Nos méninges de blogtrotteurs y furent mises à rude épreuve, mais au moins nous aurons essayé de comprendre le jargon dont imprimeurs et graphistes ne peuvent se passer. C’est qu’il en va de la confection de nos pages et de nos projets !

Désormais, ne reste plus pour nos étudiants migrateurs qu’à coucher sur le papier leurs rencontres, leurs voyages, leurs équipées sauvages. Pour le reste, avec Cloître et LISAA, nous avons hâte de poursuivre l’aventure. D’ailleurs, on s’y redonne déjà rendez-vous, à Landerneau, pour vous conter la mise au monde du prochain Décloitrés. On a déjà hâte !

Et puis un grand merci à Claire Philbée et à Marie-Claire Franchet, nos correspondantes chez Cloître, ainsi qu’à Patrice Guinche et Richard Louvet, nos complices à LISAA, sans qui les Décloitrés ne voyageraient pas si loin !

Thomas Moysan

 

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