Les Décloîtrés

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Il y a un peu moins d’un mois, Jair Bolsonaro, candidat de l’extrême droite brésilienne, a été élu président de la République. Un virage à droite qui peut surprendre mais qu’on a surtout envie de comprendre. C’est pourquoi nous vous proposons deux articles d’étudiants brésiliens en échange à Sciences Po Rennes revenant sur ces élections.

Décryptage d’Igor Ferreira Da Silva sur les principales causes de cette crise politique aux multiples facettes.

« Comment un président d’extrême droite a été élu au Brésil ? L’expansion de l’extrême droite n’est pas une particularité brésilienne. Par exemple, Donald Trump a été élu aux États-Unis, Viktor Orban est le Premier Ministre de la Hongrie et Marine Le Pen a eu un résultat considérable lors des dernières élections en France. Dans cet article, notre but n’est pas d’expliquer ce phénomène mondial, mais plutôt d’essayer de comprendre quelques éléments responsables du discours qui est devenu hégémonique dans ces élections présidentielles au Brésil.

Dans les années de gouvernement de Luiz Inácio Lula da Silva, plus connu comme Lula, du Parti des Travailleurs (PT), le pays est passé par une période de croissance économique qui a diminué les tensions sociales dans un des pays les plus inégaux au monde. Mais avec le début de la récession économique en 2014, la politique de conciliation développée par Lula et continuée par sa successeur, Dilma Rousseff, a commencé à s’affaiblir. À partir de 2013, des manifestations contre le gouvernement de Dilma Rousseff ont eu lieu. De plus en plus, les manifestations se sont agrandies (en comptant avec la participation massive des classes moyennes et le soutien des élites) et, en 2016, la présidente a été destituée par un impeachment. C’était la première victoire des forces réactionnaires.

Dans ce cadre, des mouvements de droite ont gagné en force en utilisant les réseaux sociaux comme le principal outil de divulgation de leurs idées. À titre d’exemple, le « Movimento Brasil Livre » (MBL) et le « Movimento Vem pra Rua » sont des organisations qui ont émergé dans les nouveaux médias et qui ont joué un rôle fondamental pour la destitution de Dilma Rousseff en convoquant des protestations à travers Facebook. En général, ces organisations ont pour programme politique la haine contre le PT (connue au Brésil comme le « antipetismo »), le conservatisme moral et le néolibéralisme. Via les réseaux sociaux, ces idées ont été diffusées et ont gagné de l’espace spécialement parmi les classes moyennes pour atteindre plus tard aussi les classes populaires.

Dans les dernières années, les riches brésiliens sont devenus encore plus riches, mais le sentiment d’opposition au gouvernement de gauche était toujours là. Les politiques sociales promues par le PT ont sorti des millions de personnes de la misère, d’autres se sont élevées aux classes moyennes ; avec des initiatives d’action positive et des programmes de bourses et de financement, l’accès à l’université a été garanti à ceux qui avant ne pouvaient pas y accéder. Pour cette raison, les élites et la classe moyenne traditionnelle ont perdu des privilèges, ce qui est considéré inacceptable pour eux. L’allégorie la plus connue de cet indignation réactionnaire est l’affirmation selon laquelle avec le gouvernement du PT les aéroports du pays sont devenus des arrêts de bus (c’est-à-dire excessivement populaires, car avant seulement les plus riches pouvaient se payer un billet d’avion).

Bien que la corruption soit reconnue comme une pratique de longue date dans la vie politique brésilienne, les forces de droite au Brésil ont fait une association directe entre le PT et la corruption. C’est-à-dire, la corruption est devenu synonyme du PT, donc combattre la première serait comme combattre le deuxième. Des scandales de corruption impliquant des membres du PT ont aidé a diffuser cette idée, comme l’enquête Lava Jato (lavage express). En fait, l’enquête a démontré que nombreux partis sont impliqués dans des cas de corruption, ce qui est un phénomène institutionnel au Brésil. Cependant, la population s’est divisée entre les souteneurs du PT et ses opposants.

Cette polarisation a instauré une crise politique au pays. Étant donné cette crise politique, la meilleure solution était de former une coalition de gauche contre Jair Bolsanoro, mais cette coalition n’a pas été mis en place à cause des choix politiques du PT et du PDT (Parti Démocratique Travailliste), les deux principales forces à gauche du spectre politique. Puisqu’une partie de la population est contaminée par le sentiment de colère contre le PT. Entre un candidat de ce parti et un candidat de n’importe quel autre parti, même d’extrême droite, le deuxième serait la meilleure option. Cela a été confirmé au deuxième tour des élections présidentielles.

Par ailleurs, les églises néo-pentecôtistes ont une présence de plus en plus forte dans la vie de plusieurs  brésiliens. Jusqu’à récemment la force de ces églises était relativisée, mais elles ont trouvé en Jair Bolsanoro le candidat qui représente leurs idées, parce qu’il a un discours moraliste comme le leur et est évangélique. Pour cette raison, les dirigeants des principales églises évangéliques ont déclaré leur soutien à Jair Bolsonaro. Parmi eux se trouve Edir Macedo, évêque qui détient l’une des principales chaînes de TV, la Record. Comme exemple de son soutien à Jair Bolsonaro, la Record a dédié 30 minutes d’émission exclusive au candidat alors que les autres débattaient sur une autre chaîne (Jair Bolsonaro a refusé de participer aux interviews et débats entre les candidats à la Présidence de la République).

Les raisons expliquant l’élection de Jair Bolsonaro sont diverses : elles passent par le cadre politique, social et religieux brésilien, ce qui forme une complexité difficile à  déchiffrer. Malgré cela, il faut prendre en compte que Fernando Haddad, le candidat du PT, a reçu 47 millions des votes, et Bolsonaro, 57 millions. Les nombres démontrent encore une division profonde dans la société brésilienne en terme politique, cela remet en cause le soutien de la population à l’extrême droite. Par exemple, beaucoup de fidèles des églises évangéliques (qui ont voté largement pour Jair Bolsonaro) sont issus des couches sociales inférieures. Leur conservatisme moral sera placé en priorité par rapport aux droits sociaux (comme ceux liés au travail) qui sont attaqués de front par le nouveau président. »

C’est ensuite Caroline Nilo e Silva qui nous offre une autre perspective associant la montée de l’extrême droite à la misogynie pré-fasciste.

« Les dernières élections présidentielles au Brésil (2018) ont clairement indiqué que le pays du carnaval, du football et des belles plages est également recouvert d’une mentalité fasciste. Le président élu, Jair Bolsonaro, fait partie du Parti Social Libéral – PSL, actuellement l’un des plus grands représentants de l’extrême droite au Brésil, après avoir été nommé par les journaux français « Donald Trump ».

          Plusieurs facteurs ont conduit à cela, parmi lesquels il faut nommer le machisme et la structure patriarcale actuelle comme des facteurs symboliques de grand impact, marquant la destitution de la dernière présidente élue démocratiquement, Dilma Rousseff, du Parti des Travailleurs (PT). La vague de haine et de discours misogyne contre la figure de la présidente Dilma en 2016, annonçait déjà l’intolérance et les préjugés à l’origine du fascisme qui s’est installé au Brésil aujourd’hui.

Le début des travaux du comité de destitution de la première femme présidente du Brésil a eu lieu le 28 avril 2016, lors du second mandat de la présidente Dilma Roussef. Les accusations portées contre elle étaient:

1) la publication de six décrets de supplémentation budgétaire sans l’approbation du Congrès

et 2) un retard dans le versement des subventions agricoles aux banques d’État, appelé « pédale fiscale« . Au fur et à mesure du déroulement de la procédure, notamment lors du vote d’ouverture à la Chambre des députés, les arguments avancés par les partisans de la destitution ne résumaient qu’un faux discours moral au nom de « Dieu », « famille » et « propriété » et rien sur la discussion constitutionnelle et proprement juridique sur la pratique de crimes fiscaux hypothétiques.

Des slogans comme « au revoir, chérie » ont été largement utilisés par les opposants de la présidente. Des images virtuellement éditées représentant la présidente dans des positions vulgaires ont été diffusées sur Internet et même imprimées. De même, les médias hégémoniques ont aussi discrédité l’image de la présidente, le corps de la femme dans ce scénario, qui précède sa position politique en tant que chef de l’exécutif, a toujours été utilisé comme un territoire d’usage politique par le machisme. Celui-ci est utilisé par les opposants pour tenter de ridiculiser la femme qui avait gagné les élections et par conséquent dérangé l’hégémonie patriarcale et masculine dans la politique nationale.

L’année 2002, lorsque le président Luiz Inacio Lula da Silva – également du Parti des travailleurs de même que Dilma Rousseff – a été élu à la tête de l’exécutif, marque le début de 14 années de gouvernement de gauche au Brésil. Cette période, malgré la croissance économique et sociale, ainsi que la reconnaissance internationale et la présence du Brésil dans les BRICS depuis 2009. Cela était suffisant pour perturber une prétendue élite qui rejette la montée de la classe pauvre dans la classe moyenne, les politiques d’inclusion sociale et la résurgence des minorités socio-économiques.

Cependant, il est trompeur de penser que la haine au PT est responsable de la vague fasciste. En fait, l’explosion du rejet au Parti des travailleurs a été méticuleusement construite par les mouvements de droite, principalement par la diffusion massive de fake news.

En parallèle, le président récemment élu, Jair Bolsonaro, alors qu’il était député au moment du vote sur la destitution de Dilma, a rendu hommage au bourreau bien connu de la période de la dictature militaire brésilienne (1964 – 1979) Carlos Brilhante Ustra.

Le fascisme a de nombreux visages et l’intolérance associée à la désinformation est un terrain fertile pour la stimulation de la haine. Par conséquent, la femme qui est historiquement forcée dans une position de subalterne souffre doublement dans la lutte politique. Il reste la recette prête pour le coup d’État misogyne et conservateur auquel le Brésil est confronté. »


Image tiré du journal ©Le Monde

Michael, étudiant brésilien, effectue une année de mobilité à SciencesPo Rennes. Il nous raconte son expérience bretonne.

Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Michael Texeira, je suis brésilien et j’étudie depuis deux ans le droit à l’Université de l’Etat de Rio de Janeiro au Brésil. Je suis venu à l’IEP pour passer le certificat d’études politiques, c’est comme votre 3e année à l’étranger à Sciences Po Rennes.

Pourquoi avoir choisi la France ?17022105_10208583358805164_7626788289763231920_n
Depuis très jeune je rêvais de faire mes études à l’étranger. J’étudie au Brésil dans une université publique, ce qui est plus dur par rapport à l’enseignement privé qui est beaucoup plus répandu. Pour entrer dans ma fac j’ai dû passer l’équivalent du baccalauréat. Je parlais déjà couramment anglais et espagnol mais je voulais apprendre le français donc j’ai choisi de venir étudier en France. En plus, j’ai étudié la culture française avec une professeure qui avait fait toutes ses études en France et c’est elle qui m’a convaincu de venir ici, même si je n’avais jamais eu de contact avec la culture française avant.

En arrivant en France, à quoi t’attendais-tu ? Est-ce que quelque chose en particulier t’a surpris ?
Tout le monde me disait qu’en Bretagne il allait y avoir beaucoup de pluie. Mais quand je suis arrivé, en septembre il n’y avait que du soleil et il faisait chaud. On me disait « Michael, tu as pris le soleil brésilien carioca avec toi ! ». Il faisait même moins chaud au Brésil au même moment ! J’espérais être bien reçu et ça a été le cas. Je voudrais dire merci à l’association Zéphyr qui accueille les étudiants étrangers, et surtout à Chloé Iacono et Solène Touchard de m’avoir amené à la Cité Universitaire où j’habite aujourd’hui. J’y ai trouvé des gens de tous horizons car Rennes est une ville pleine d’étudiants étrangers. On m’avait dit que les Bretons étaient gentils et c’est bien vrai, j’ai reçu un accueil chaleureux, je me suis senti comme au Brésil !
Une chose m’a surpris, pendant ma première soirée à Rennes. Un jeune homme est monté tout nu sur l’horloge de la place des Lices, devant tout le monde ! Je pensais que les Français étaient pudiques, mais là je me suis senti dans une vraie ville universitaire !

Qu’est-ce qui te manque le plus du Brésil ?
Ma famille. Je viens d’une famille nombreuse, nous sommes sept enfants. J’ai deux neveux et une nièce, et une de mes sœurs est actuellement enceinte. Je suis déçu de ne pas pouvoir voir ma future nièce tout de suite lorsqu’elle naîtra. La nourriture me manque aussi, il est presque impossible de trouver de quoi faire de la cuisine brésilienne à Rennes. La chaleur ne me manque pas trop, mais la chaleur de mes amis, si ! Ici les gens sont un peu plus sérieux… jusqu’à ce qu’ils aient bu ! Mais j’ai quand même rencontré beaucoup de gens accueillants.
Enfin, ma vie politique active au Brésil me manque. Ici, j’analyse et j’étudie la science politique mais je ne suis pas un acteur politique actif.

Des conseils pour les étudiants qui voudraient venir en France ou pour ceux qui souhaiteraient sauter le pas et partir à l’étranger ?
Être ouvert à la diversité du monde d’aujourd’hui. Il faut comprendre qu’en voyageant, on découvre une autre culture. Rennes est une ville avec beaucoup de monde, multiculturelle, il faut savoir respecter tout le monde.
À l’IEP, il faut être préparé à beaucoup travailler, mais venir ici est une opportunité unique pour apprendre le français. Il faut aussi avoir de la patience avec l’administration française en général… Mais on peut compenser les inconvénients avec toutes les bonnes choses que l’on trouve en France : la nourriture, les galettes bretonnes, les plages, les apéros où tout le monde t’invite, les soirées… et aussi Sciences Po, l’une des meilleures institutions en France : très bien organisée, avec une bonne assistance aux étudiants. L’expérience à l’étranger dépendra de l’étudiant, de s’il cherche plutôt une expérience culturelle, académique, professionnelle ou interpersonnelle, avec des gens de tous les horizons !

Publié en novembre 2016, Réussir son Erasmus est le premier livre de Camille Elaraki, étudiante à SciencesPo Rennes. Elle nous y raconte son expérience à l’étranger et nous invite ainsi au voyage.

« Erasmus is not one year of your life, it is your life in one year ». Cette phrase, ça pourrait bien être le slogan de l’année à l’étranger. Le départ est une renaissance, les jours, des découvertes et de l’apprentissage constant, le retour, une petite mort.

Je me réveille ici, en France, un jour de décembre. Je m’arme d’une doudoune, de gants, d’une écharpe pour affronter le froid de l’hiver en pensant que l’année dernière, à la même date, je pouvais réviser en maillot de bain sur la terrasse de ma maison de Cadix. Chaque jour, Facebook me harcèle avec des photos de mes amis, des moments passés en leur compagnie, de ma belle Andalousie en me narguant : « Tes souvenirs comptent pour nous, partage cette photo que tu as publiée il y a un an exactement ». Je repense à des endroits qui ont ponctué mon quotidien, à des personnes qui l’ont animé, à ces langues, l’anglais et l’espagnol, qui l’ont fait chanter.

Et dire que je ne serais jamais partie si on ne mCapture d’écran 2017-01-18 à 09.31.51’y avait pas obligée. Dire que je préférais mes certitudes, mes repères bien enracinés dans mon confort plutôt que la liberté qui se découvre dans le départ . Dire que j’avais peur…

Peur de partir d’abord, puis peur de revenir ensuite. Je sentais la nostalgie me gagner alors que j’étais pourtant encore « là-bas ». C’est à ce moment que j’ai commencé la rédaction d’un livre.

C’était un hommage que je voulais rendre à l’Erasmus, mais surtout un message à ceux qui envisagent de se risquer à cette folle aventure qui consiste à tout envoyer en l’air le temps d’un ou deux semestres.

Je crois qu’on se rend bien compte de la chance qu’on a d’être jeunes à une époque où l’Europe nous offre l’expérience du voyage sur un plateau. Au-delà de la peur de l’autre qui a tendance à nous gagner, un défi nous est lancé : chiche de vous faire étranger ? La question mérite de prendre le temps de la réflexion. On se dit que oui, ça serait bien de partir. Ça doit être une expérience à ne pas manquer ! Alors on se dit que peut-être un jour. Non, pas cette année, mais plus tard, sûrement. On remet ça à un futur incertain en se trouvant des excuses. On n’a pas assez d’argent. On a un copain ou une copine. On est trop famille pour partir si longtemps. On ne parle pas de langue étrangère. Ou tout simplement, c’est le fait de partir à la découverte d’un monde inconnu qui fait peur. Tant celui qui nous ouvre les bras, prêt à nous accueillir, que celui qui sommeil en nous et qui attend qu’on le découvre.

J’ai eu cette idée d’écrire une sorte de « manuel de survie en Erasmus » après un week-end chez une amie à Grenade. Nous avions passé ce temps-là entre Françaises : trois en Erasmus et une autre qui nous rendait visite. Je crois que cette dernière a beaucoup aimé l’Espagne. Elle avait soupiré que nous avions vraiment de la chance de pouvoir vivre cette expérience, que nous avions une vie de rêve en Andalousie. On lui a répondu qu’elle aussi, elle pouvait faire un Erasmus. Elle a secoué la tête en disant que non, elle ne pourrait pas, que trop de choses la retenaient en France.

Ça m’a rappelé mon attitude d’avant mon départ. J’étais terrifiée à l’idée de partir. Je cherchais à me rassurer en parlant à mes amis de promo : est-ce qu’eux aussi, ils avaient peur ? Ça ne m’aidait pas vraiment. Pas plus que les anciens qui déclaraient « c’est plus facile de partir que de revenir ! ». J’avais l’impression de devoir laisser ma vie derrière moi si je voulais continuer à avancer et rien ni personne ne me détournait de ce point de vue assez fataliste et effrayant.

C’était en février, c’est à dire 5 mois après mon arrivée à Cadix que mes amies et moi avons essayé en vain de convaincre notre camarade. Et c’est là que j’ai compris que rassurer demande plus de subtilité que d’énoncer des banalités. Il faut de la persuasion, en montrant, faisant ressentir ce qu’est l’expérience d’Erasmus, par le témoignage par exemple. Il faut aussi de la démonstration rationnelle en déconstruisant les appréhensions, assez illusoires finalement, qui nous retiennent en France.

En rentrant de Grenade, dans mon covoiturage, je pensais à tout ça, à mon propre cas, et à plusieurs de mes amies qui me disaient que non, vraiment, elles ne pourraient pas se résoudre à partir. Et là, je me suis dit que ça serait intéressant d’écrire un livre, une sorte de manuel qui recouperait les témoignages et les analyses. Les étudiants pourraient alors comprendre et ressentir cette chance qu’ils s’offrent dans leur départ. Mon idée, c’était de les rassurer, tout bêtement, les aider à relever le défi Erasmus.
Camille Elaraki

Références du livre :
Réussir son Erasmus, voyage étudiant en Europe et dans le monde, aux éditions Kawa.

Elom 20ce – Levons les voiles

Elom 20ce, Africain d’origine togolaise, se définit comme un Arctivist (fusion des mots « artiste » et « activiste ») partisan d’une Afrique unie, riche de toutes ses diversités. Fort de sa culture et de ses opinions, il organise des projections de film documentaire, des expositions de toile et aussi des scènes promouvant et permettant à d’autres rappeurs et jeunes d’horizons différentes d’exprimer leurs opinions.

À la fois présidentielles et législatives, les élections qui se déroulent ce dimanche 10 avril au Pérou auraient, dans le contexte péruvien d’un besoin crucial de réformes, vocation à provoquer un véritable changement. Malheureusement, toute une partie de la population a le sentiment amer qu’elles sont au contraire le témoin criant de l’absence de démocratie dans leur pays.

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Depuis des mois, les candidats aux « elecciones generales » lèvent le pouce et arborent un sourire lumineux sur les panneaux géants affichés dans toutes les rues. Le moment pour les Péruviens de se rendre aux urnes est maintenant tout proche. Dimanche 10 avril 2016 aura lieu le premier tour des élections. Les citoyens péruviens éliront à cette occasion non seulement leur Président de la République, et ses deux vice-présidents, mais également les parlementaires, (répartis entre le « Congreso » (Congrès), et le « Parlamento Andino » (Parlement Andin)). Un dispositif démocratique anodin pour nos sociétés occidentales, mais qui, ici, se trouve n’être qu’une façade aux couleurs criardes, et met plutôt le déficit démocratique dans cet État d’Amérique Latine.

La corruption généralisée, des inégalités criantes, une pauvreté qui touche une immense partie de la population, des désastres écologiques… Les défis à relever, qu’ils soient politiques, économiques ou sociaux sont nombreux au Pérou, et les réformes à mettre en place le sont plus encore. Une montagne à gravir autant qu’une opportunité, pour les partis politiques péruviens, d’y trouver des solutions. Malheureusement, une large partie des citoyens craint qu’à l’issue de ces élections, rien ne change. Certains estiment même que, de démocratie, le régime n’en porte que le nom, et que ces élections ne fassent qu’empirer les choses.

Et pour cause, le processus électoral péruvien, qui parait démontrer l’existence de problèmes très caractéristiques de cette société, se rapproche cruellement d’une comique mascarade aussi triste qu’inappropriée. Pour plusieurs raisons.

Témoin éclatant du racisme très fort qui s’avère toujours d’actualité au Pérou, les candidats aux élections sont, pour une écrasante majorité, aussi blancs que des Européens. Malgré le fait qu’il soit très inhabituel de rencontrer une personne de couleur blanche et de nationalité péruvienne, personne ne parait surpris par ce phénomène. La plupart des gens semblent au contraire très bien s’en contenter, prouvant à quel point la croyance selon laquelle la blancheur de la peau témoigne une forme de supériorité est ancrée dans les mentalités.

Ces visages blancs – et asiatique pour celui de Keiko Fujimori – sont affichés dans toutes les rues. Nombreux sont les murs qui arborent les couleurs et le logo des partis en lice. Sur d’immenses panneaux, les candidats à la présidence et au congrès, le sourire jusqu’aux oreilles, lèvent le pouce ou les deux doigts, comme le ferait le figurant d’une affiche publicitaire. L’objectif est ici plus vraisemblablement de tenter « d’avoir l’air cool » pour attirer l’électorat jeune, peu intéressé par la politique, mais ce phénomène crée un profond décalage avec le sérieux des élections occidentales. Ce fossé est encore davantage creusé par l’attitude des citoyens, qui, lors des manifestations de soutien à un candidat, arborent les couleurs de celui-ci a la manière des supporters d’une équipe de foot.

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Mais, au-delà de l’impression confuse qu’on assiste à un genre de show télévisé ou publicitaire, existe le sentiment que malgré le droit et le devoir de voter que possèdent les citoyens – puisqu’ici, c’est obligatoire –, on échappe à un processus véritablement démocratique. En témoigne par exemple le nombre effarant de candidats. Le Pérou est habitué, pour ses présidentielles, à devoir choisir entre une dizaine de partis. Mais les 19 candidats de 2016 ont battu tous les records. 19 partis différents dans un pays dont l’histoire politique est déjà complexe, particulièrement lorsque leurs propositions ont tendance à toutes se ressembler, ce sont autant de chances d’embrouiller les électeurs. Et cela constitue une garantie du fonctionnement du discours populiste de certains candidats.

Il faut savoir en outre qu’à quelques jours du premier tour des élections, de candidats, il n’en reste plus que 10 – parmi lesquels 2 femmes seulement. En effet, les 9 autres ont retiré leur candidature, ou se sont fait éliminer de la course, soit du fait de la récente loi interdisant les pratiques clientélistes (César Acuña), soit du fait de problèmes administratifs (Julio Guzmán).

« Plus que » 10 candidats, donc, mais que n’épargnent pas toujours la corruption et les scandales. Alan Garcia se présente ainsi cette année pour un troisième mandat à la tête de l’État. Aujourd’hui candidat pour l’Alliance Populaire, il fut éclaboussé par d’importants scandales de corruption il y a quelques années, lorsqu’il occupait la fonction de Président de la République, mais n’avait alors fait l’objet d’aucune sentence judiciaire, faute de preuve – ou plus vraisemblablement grâce à des pots-de-vin généreusement versés à la justice.

Les femmes n’échappent pas non plus aux scandales, puisque Keiko Fujimori, donnée première dans tous les sondages, se moque ouvertement de la loi interdisant les pratiques clientélistes, et s’en donne à cœur joie en distribuant des paniers de nourriture afin d’élargir son électorat. Fille d’Alberto Fujimori, ex président péruvien jeté en prison en 2007 après avoir été accusé de corruption, sa candidature fait polémique au Pérou et donne lieu depuis plusieurs semaines à de très nombreuses manifestations dans tout le pays, à l’image de celle du 5 avril à Lima, qui a réuni plus de 50000 personnes.
Quant à Verónika Mendoza la seconde femme de la course, certains prétendent qu’elle serait liée aux leaders du Sentier Lumineux, ce qui ternit son image et sa candidature.

Ce sont autant d’éléments qui semblent écarter les élections péruviennes de ce dimanche d’un processus démocratique, et c’est pour cette raison que l’Organisation des États d’Amérique, dont l’objectif est la promotion des droits et de la démocratie, a récemment recommandé l’annulation complète de ces élections qui, selon elle, ne sont en rien démocratiques.
Malheureusement, les décisions de cet organe n’ont rien de contraignantes et ses recommandations sont trop faibles politiquement pour avoir un véritable impact. Les Péruviens se rendront donc aux urnes ce dimanche 10 avril pour exécuter ce que certains appellent tristement une « mascarade nationale ».

Par Justine Carnec

Dix jours. 6 500 kilomètres. 2 264 participants. Le 4L Trophy, grande course d’orientation dans le désert marocain, a fêté sa dix-neuvième édition le mois dernier. Elsa Dunet (21 ans) et Alexandre Cornet (20 ans), étudiants à l’Institut d’études politiques de Rennes, font partie de la dizaine d’équipages rennais qui se sont lancés dans le plus grand raid étudiant d’Europe. Après être arrivés 443ème sur 1 132 équipages, Elsa et Alexandre nous racontent leur épopée.

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Comment vous êtes-vous retrouvés dans cette aventure ?

Elsa : Je ne connaissais pas du tout ce rallye. C’est Alexandre qui m’a proposé de participer. On a regardé des vidéos et j’ai été partante !

Alexandre : Je suis passionné d’automobile depuis tout petit. Je connaissais la course, j’en avais entendu parler à la télévision et dans les magazines du style Auto Moto ou Turbo. Et puis, c’était le moment parfait pour partir, avant l’année à l’étranger et le master.

Avant le grand départ, comment organise-t-on un tel voyage ?

Elsa : On s’y est pris un an à l’avance, vers février 2015. On a fait tout, de A à Z, c’était très formateur. D’abord, il faut créer une association pour avoir des fonds. Par contre, les démarches administratives ont été assez longues. On a aussi dû ouvrir un compte en banque, faire la recherche de sponsors, monter un dossier…

Alexandre : L’association nous a permis d’avoir le statut de « personne morale », ce qui est plus facile pour faire du sponsoring auprès des entreprises. On a dû présenter notre projet à l’assemblée générale du Crédit Agricole, ça a été concret dès le début. On a eu de la chance car notre banquier était vraiment aidant et sympa.

Elsa : Oui, il était un peu comme notre papa sur le projet !

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Quel est le budget moyen pour pouvoir participer à ce rallye ?

Elsa : Pour s’inscrire au rallye, il faut compter autour de 3 000 euros, c’est le prix de base. Cependant, il peut y avoir de grandes différences de budget entre les équipages, en fonction du prix d’achat de la 4L et des connaissances en mécanique : soit il faut payer un mécanicien pour la remettre en état, soit on est capable de le faire par nous-mêmes.

Alexandre : Je dirais que le budget moyen total oscille entre 7 000 et 8 000 euros. Pour la 4L, il faut compter à peu près 2 000 euros. Les gros sponsors, plutôt des entreprises locales dans notre cas, ont représenté à peu près 70% de notre budget. Le reste est venu de notre entourage (familles, amis).

Elsa : On a fait toutes sortes d’activités pour trouver des fonds : des brocantes, des emballages cadeaux, une tombola à Sciences Po, du crowdfunding (ndlr : financement participatif en ligne), une soirée. On a eu des dons d’équipements sportifs et de fournitures scolaires par des lycées partenaires et des étudiants. On a reçu également un don financier de l’association de Sciences Po Elikya.

Comment avez-vous trouvé la voiture ?

Elsa : L’été dernier, une connaissance de ma grand-mère nous a vendu sa voiture qui avait déjà participé au 4L Trophy, à deux reprises, mais celle-ci n’avait pas roulé depuis bientôt deux ans. L’avantage, c’est qu’elle était presque prête pour le départ, déjà peinte.

Alexandre : On a juste eu à rajouter le drapeau breton !

Comment la course se déroule-t-elle concrètement ?

Alexandre : Il y a six étapes durant le parcours. On doit relier différents points et le but de la course est de faire le moins de kilomètres possible. La nuit, on dort en bivouac avec les autres équipages, sauf lors de la dernière épreuve qu’on appelle « le marathon ». On a deux jours pour rejoindre Marrakech. C’est donc à nous de gérer notre temps, on peut dormir où on veut. Nous, on a fait un feu de bois avec quatre autres équipages, on était à côté des canyons. C’était magnifique.

Elsa : Il faut savoir aussi que sur le nombre de nuits passées au bivouac, trois se sont déroulées au même endroit. Chaque jour, on faisait donc des boucles différentes. On a un roadbook (carnet de navigation) qui nous indique le chemin avec des flèches et des symboles, et une boussole qu’on a d’ailleurs cassée dès le premier jour, heureusement remplacée par nos amis suisses.

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Au niveau de l’organisation, qu’est-ce qui est mis en place en cas de problème sur la route ?

Alexandre : Dans le désert, il n’y a pas de réseau, donc pas de téléphone. On dispose de deux fusées de détresse, mais on ne peut les utiliser qu’en cas de danger absolu. Sinon, on a un triangle lumineux à poser sur le toit de la voiture en cas de panne. Les mécaniciens du rallye, ou même les autres équipages, viennent nous aider.

Elsa : Il y a aussi un hélicoptère pour surveiller les voitures. Une fois, des amis ont traversé la frontière algérienne par erreur. Ils ont vite été rattrapés par les organisateurs !

Avez-vous dû suivre une formation en mécanique avant de partir ?

Elsa : Non, on n’y connaissait pas grand-chose, à part avoir lu le manuel d’utilisation de la 4L.

Alexandre : On a appris sur le tas. On a même beaucoup appris pendant le rallye. En même temps, vu qu’on partait de zéro, ce n’était pas difficile !

Avez-vous eu des moments plus difficiles pendant le trajet ?

Elsa : Oui, j’ai eu des moments où je n’en pouvais plus. Une fois, on a dû faire un trajet de nuit, je n’étais pas sereine. Les routes étaient petites, on ne voyait rien, il y avait des virages en pente. Les organisateurs voulaient qu’on respecte bien le timing imposé, donc il nous est arrivé de rouler dix heures dans la même journée, à cause d’un retard au début du parcours. Mais, en moyenne, une étape dure entre six et sept heures.

Alexandre : Cette année, le parcours était plus sportif, les étapes plus compliquées, avec notamment des passages avec beaucoup de sables et de cailloux. Mais ça fait partie de l’aventure.

Elsa : Et puis, on sait qu’on n’est jamais vraiment perdus. Il y a des mécaniciens, des gens qui nous surveillent. On n’est pas vraiment seuls. Il y a aussi tous les autres équipages sur la route, donc beaucoup d’entraide entre nous. On n’est pas du tout dans un esprit de compétition.

Alexandre : Il y a des paysages de fou et une bonne ambiance, cela fait relativiser les moments plus difficiles ou les couacs d’organisation.

Qu’avez-vous ressenti au moment de franchir la ligne d’arrivée ?

Alexandre : Du soulagement et de la fierté d’être arrivés jusqu’au bout, après un an de travail sur ce projet.

Elsa : Oui, on était soulagés parce qu’on avait eu des problèmes avec la voiture pendant les deux jours de route du marathon. Rationnellement, j’étais donc contente d’être arrivée pour que les mécaniciens puissent vérifier et réparer la voiture, avant qu’on ne reparte pour la France. Mais j’étais triste aussi que le rallye soit terminé.

Racontez-nous un de vos meilleurs souvenirs durant la course.

Alexandre : Un soir, il y a eu un embouteillage à cause d’un bac à sable (sable trop « mou » pour pouvoir avancer avec la voiture), il y avait presque 300 4L bloquées sur la route. On est restés là presque trois heures. Du coup, on est tous sortis pour prendre l’apéro, faire des jeux, s’amuser. Puis il a commencé à faire nuit. Le coucher de soleil, sur la dune, en plein désert, c’était magnifique.

Elsa : Le plus épique qu’il nous est arrivé, c’est quand la 4L ne démarrait plus à cause d’un problème d’arrivée d’essence. On s’était arrêtés et… impossible de redémarrer ! On a dû la pousser dans les montagnes, dans la descente du col de Tichka. C’était assez drôle.

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Le 4L Trophy n’est pas seulement une course d’orientation, mais également un projet humanitaire. Le rallye est en lien avec l’association « Les enfants du désert » depuis dix ans. Quel est votre rôle pendant ce voyage ?

Alexandre : « Les enfants du désert » est une association implantée au Maroc, elle est en lien avec dix-sept autres associations là-bas, dans lesquelles elle redistribue nos dons. En moyenne, chaque équipage apporte 50kg de dons. Cette année, on nous a demandé d’apporter deux sacs scolaires complets (avec fournitures) et un sac de sport. On peut aussi faire un don financier supplémentaire. Cette année, je crois qu’ils ont reçu près de 25 000 euros pour la construction d’écoles et 50 tonnes de matériel scolaire.

Elsa : La première journée, on a une remise des dons, on a pu passer un peu de temps avec les enfants. Plus tard pendant le parcours, 40 équipages sélectionnés à l’avance sur dossier ont eu le droit de participer à une autre remise de dons dans une école de la région au lieu d’une étape.

Le rallye essuie parfois quelques critiques, notamment pour son empreinte écologique et sa logique commerciale. Que regard portez-vous sur ces avis après votre expérience ?

Alexandre : C’est vrai que je suis un peu réservé sur l’organisation du voyage, l’inscription est plutôt chère et je trouve qu’on s’éloigne un peu de la philosophie de base du projet, par sa dimension et sa médiatisation de plus en plus importante. Maintenant, ça devient plus un grand rassemblement étudiant qu’un projet humanitaire. C’est organisé par une agence de voyage, par exemple. Mais ça reste une course humanitaire, et même si on sait qu’il y a du business derrière, je ne regrette pas d’y avoir participé.

Elsa : Certains peuvent s’opposer au principe du rallye d’un point de vue écologique, ce que je comprends. Mais ça n’efface pas le projet humanitaire. Je pense même que c’est la différence notable de ce rallye, puisqu’il a un côté utile. Le rallye du 4L Trophy regroupe l’idée du voyage, de l’action humanitaire, de la course automobile : je pense que tout le monde peut s’y retrouver.

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Quels conseils pourriez-vous donner à ceux qui souhaitent s’inscrire pour l’édition 2017 ?

Alexandre : De prendre une 4L GTL (version plus puissante que notre TL) et de changer les pneus avant de partir, car ceux d’origines sont petits et plus difficiles à trouver en cas de crevaison. Au niveau du budget, il ne faut pas négliger l’entourage et démarcher sa famille, le réseau est très important.

Elsa : C’est bien d’être en lien avec une école ou un collège également, au niveau des dons scolaires. La préparation du projet est longue donc je pense qu’il faut commencer la recherche de sponsors avant l’été. Alors, oui, ça demande beaucoup de temps, mais c’est un projet qui tient forcément à cœur donc on y consacre le plus de temps possible, ça fait aussi partie de l’aventure.

La 4L est l’élément phare de votre traversée, comment décririez-vous la vôtre en un seul mot ?

Elsa : Une battante !

Alexandre : Ma chère et tendre…

Propos recueillis par Florie Cotenceau et Lauriane Perrigault