Les Décloîtrés

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Michael, étudiant brésilien, effectue une année de mobilité à SciencesPo Rennes. Il nous raconte son expérience bretonne.

Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Michael Texeira, je suis brésilien et j’étudie depuis deux ans le droit à l’Université de l’Etat de Rio de Janeiro au Brésil. Je suis venu à l’IEP pour passer le certificat d’études politiques, c’est comme votre 3e année à l’étranger à Sciences Po Rennes.

Pourquoi avoir choisi la France ?17022105_10208583358805164_7626788289763231920_n
Depuis très jeune je rêvais de faire mes études à l’étranger. J’étudie au Brésil dans une université publique, ce qui est plus dur par rapport à l’enseignement privé qui est beaucoup plus répandu. Pour entrer dans ma fac j’ai dû passer l’équivalent du baccalauréat. Je parlais déjà couramment anglais et espagnol mais je voulais apprendre le français donc j’ai choisi de venir étudier en France. En plus, j’ai étudié la culture française avec une professeure qui avait fait toutes ses études en France et c’est elle qui m’a convaincu de venir ici, même si je n’avais jamais eu de contact avec la culture française avant.

En arrivant en France, à quoi t’attendais-tu ? Est-ce que quelque chose en particulier t’a surpris ?
Tout le monde me disait qu’en Bretagne il allait y avoir beaucoup de pluie. Mais quand je suis arrivé, en septembre il n’y avait que du soleil et il faisait chaud. On me disait « Michael, tu as pris le soleil brésilien carioca avec toi ! ». Il faisait même moins chaud au Brésil au même moment ! J’espérais être bien reçu et ça a été le cas. Je voudrais dire merci à l’association Zéphyr qui accueille les étudiants étrangers, et surtout à Chloé Iacono et Solène Touchard de m’avoir amené à la Cité Universitaire où j’habite aujourd’hui. J’y ai trouvé des gens de tous horizons car Rennes est une ville pleine d’étudiants étrangers. On m’avait dit que les Bretons étaient gentils et c’est bien vrai, j’ai reçu un accueil chaleureux, je me suis senti comme au Brésil !
Une chose m’a surpris, pendant ma première soirée à Rennes. Un jeune homme est monté tout nu sur l’horloge de la place des Lices, devant tout le monde ! Je pensais que les Français étaient pudiques, mais là je me suis senti dans une vraie ville universitaire !

Qu’est-ce qui te manque le plus du Brésil ?
Ma famille. Je viens d’une famille nombreuse, nous sommes sept enfants. J’ai deux neveux et une nièce, et une de mes sœurs est actuellement enceinte. Je suis déçu de ne pas pouvoir voir ma future nièce tout de suite lorsqu’elle naîtra. La nourriture me manque aussi, il est presque impossible de trouver de quoi faire de la cuisine brésilienne à Rennes. La chaleur ne me manque pas trop, mais la chaleur de mes amis, si ! Ici les gens sont un peu plus sérieux… jusqu’à ce qu’ils aient bu ! Mais j’ai quand même rencontré beaucoup de gens accueillants.
Enfin, ma vie politique active au Brésil me manque. Ici, j’analyse et j’étudie la science politique mais je ne suis pas un acteur politique actif.

Des conseils pour les étudiants qui voudraient venir en France ou pour ceux qui souhaiteraient sauter le pas et partir à l’étranger ?
Être ouvert à la diversité du monde d’aujourd’hui. Il faut comprendre qu’en voyageant, on découvre une autre culture. Rennes est une ville avec beaucoup de monde, multiculturelle, il faut savoir respecter tout le monde.
À l’IEP, il faut être préparé à beaucoup travailler, mais venir ici est une opportunité unique pour apprendre le français. Il faut aussi avoir de la patience avec l’administration française en général… Mais on peut compenser les inconvénients avec toutes les bonnes choses que l’on trouve en France : la nourriture, les galettes bretonnes, les plages, les apéros où tout le monde t’invite, les soirées… et aussi Sciences Po, l’une des meilleures institutions en France : très bien organisée, avec une bonne assistance aux étudiants. L’expérience à l’étranger dépendra de l’étudiant, de s’il cherche plutôt une expérience culturelle, académique, professionnelle ou interpersonnelle, avec des gens de tous les horizons !

Publié en novembre 2016, Réussir son Erasmus est le premier livre de Camille Elaraki, étudiante à SciencesPo Rennes. Elle nous y raconte son expérience à l’étranger et nous invite ainsi au voyage.

« Erasmus is not one year of your life, it is your life in one year ». Cette phrase, ça pourrait bien être le slogan de l’année à l’étranger. Le départ est une renaissance, les jours, des découvertes et de l’apprentissage constant, le retour, une petite mort.

Je me réveille ici, en France, un jour de décembre. Je m’arme d’une doudoune, de gants, d’une écharpe pour affronter le froid de l’hiver en pensant que l’année dernière, à la même date, je pouvais réviser en maillot de bain sur la terrasse de ma maison de Cadix. Chaque jour, Facebook me harcèle avec des photos de mes amis, des moments passés en leur compagnie, de ma belle Andalousie en me narguant : « Tes souvenirs comptent pour nous, partage cette photo que tu as publiée il y a un an exactement ». Je repense à des endroits qui ont ponctué mon quotidien, à des personnes qui l’ont animé, à ces langues, l’anglais et l’espagnol, qui l’ont fait chanter.

Et dire que je ne serais jamais partie si on ne mCapture d’écran 2017-01-18 à 09.31.51’y avait pas obligée. Dire que je préférais mes certitudes, mes repères bien enracinés dans mon confort plutôt que la liberté qui se découvre dans le départ . Dire que j’avais peur…

Peur de partir d’abord, puis peur de revenir ensuite. Je sentais la nostalgie me gagner alors que j’étais pourtant encore « là-bas ». C’est à ce moment que j’ai commencé la rédaction d’un livre.

C’était un hommage que je voulais rendre à l’Erasmus, mais surtout un message à ceux qui envisagent de se risquer à cette folle aventure qui consiste à tout envoyer en l’air le temps d’un ou deux semestres.

Je crois qu’on se rend bien compte de la chance qu’on a d’être jeunes à une époque où l’Europe nous offre l’expérience du voyage sur un plateau. Au-delà de la peur de l’autre qui a tendance à nous gagner, un défi nous est lancé : chiche de vous faire étranger ? La question mérite de prendre le temps de la réflexion. On se dit que oui, ça serait bien de partir. Ça doit être une expérience à ne pas manquer ! Alors on se dit que peut-être un jour. Non, pas cette année, mais plus tard, sûrement. On remet ça à un futur incertain en se trouvant des excuses. On n’a pas assez d’argent. On a un copain ou une copine. On est trop famille pour partir si longtemps. On ne parle pas de langue étrangère. Ou tout simplement, c’est le fait de partir à la découverte d’un monde inconnu qui fait peur. Tant celui qui nous ouvre les bras, prêt à nous accueillir, que celui qui sommeil en nous et qui attend qu’on le découvre.

J’ai eu cette idée d’écrire une sorte de « manuel de survie en Erasmus » après un week-end chez une amie à Grenade. Nous avions passé ce temps-là entre Françaises : trois en Erasmus et une autre qui nous rendait visite. Je crois que cette dernière a beaucoup aimé l’Espagne. Elle avait soupiré que nous avions vraiment de la chance de pouvoir vivre cette expérience, que nous avions une vie de rêve en Andalousie. On lui a répondu qu’elle aussi, elle pouvait faire un Erasmus. Elle a secoué la tête en disant que non, elle ne pourrait pas, que trop de choses la retenaient en France.

Ça m’a rappelé mon attitude d’avant mon départ. J’étais terrifiée à l’idée de partir. Je cherchais à me rassurer en parlant à mes amis de promo : est-ce qu’eux aussi, ils avaient peur ? Ça ne m’aidait pas vraiment. Pas plus que les anciens qui déclaraient « c’est plus facile de partir que de revenir ! ». J’avais l’impression de devoir laisser ma vie derrière moi si je voulais continuer à avancer et rien ni personne ne me détournait de ce point de vue assez fataliste et effrayant.

C’était en février, c’est à dire 5 mois après mon arrivée à Cadix que mes amies et moi avons essayé en vain de convaincre notre camarade. Et c’est là que j’ai compris que rassurer demande plus de subtilité que d’énoncer des banalités. Il faut de la persuasion, en montrant, faisant ressentir ce qu’est l’expérience d’Erasmus, par le témoignage par exemple. Il faut aussi de la démonstration rationnelle en déconstruisant les appréhensions, assez illusoires finalement, qui nous retiennent en France.

En rentrant de Grenade, dans mon covoiturage, je pensais à tout ça, à mon propre cas, et à plusieurs de mes amies qui me disaient que non, vraiment, elles ne pourraient pas se résoudre à partir. Et là, je me suis dit que ça serait intéressant d’écrire un livre, une sorte de manuel qui recouperait les témoignages et les analyses. Les étudiants pourraient alors comprendre et ressentir cette chance qu’ils s’offrent dans leur départ. Mon idée, c’était de les rassurer, tout bêtement, les aider à relever le défi Erasmus.
Camille Elaraki

Références du livre :
Réussir son Erasmus, voyage étudiant en Europe et dans le monde, aux éditions Kawa.

Elom 20ce, Africain d’origine togolaise, se définit comme un Arctivist (fusion des mots « artiste » et « activiste ») partisan d’une Afrique unie, riche de toutes ses diversités. Fort de sa culture et de ses opinions, il organise des projections de film documentaire, des expositions de toile et aussi des scènes promouvant et permettant à d’autres rappeurs et jeunes d’horizons différentes d’exprimer leurs opinions.

À la fois présidentielles et législatives, les élections qui se déroulent ce dimanche 10 avril au Pérou auraient, dans le contexte péruvien d’un besoin crucial de réformes, vocation à provoquer un véritable changement. Malheureusement, toute une partie de la population a le sentiment amer qu’elles sont au contraire le témoin criant de l’absence de démocratie dans leur pays.

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Depuis des mois, les candidats aux « elecciones generales » lèvent le pouce et arborent un sourire lumineux sur les panneaux géants affichés dans toutes les rues. Le moment pour les Péruviens de se rendre aux urnes est maintenant tout proche. Dimanche 10 avril 2016 aura lieu le premier tour des élections. Les citoyens péruviens éliront à cette occasion non seulement leur Président de la République, et ses deux vice-présidents, mais également les parlementaires, (répartis entre le « Congreso » (Congrès), et le « Parlamento Andino » (Parlement Andin)). Un dispositif démocratique anodin pour nos sociétés occidentales, mais qui, ici, se trouve n’être qu’une façade aux couleurs criardes, et met plutôt le déficit démocratique dans cet État d’Amérique Latine.

La corruption généralisée, des inégalités criantes, une pauvreté qui touche une immense partie de la population, des désastres écologiques… Les défis à relever, qu’ils soient politiques, économiques ou sociaux sont nombreux au Pérou, et les réformes à mettre en place le sont plus encore. Une montagne à gravir autant qu’une opportunité, pour les partis politiques péruviens, d’y trouver des solutions. Malheureusement, une large partie des citoyens craint qu’à l’issue de ces élections, rien ne change. Certains estiment même que, de démocratie, le régime n’en porte que le nom, et que ces élections ne fassent qu’empirer les choses.

Et pour cause, le processus électoral péruvien, qui parait démontrer l’existence de problèmes très caractéristiques de cette société, se rapproche cruellement d’une comique mascarade aussi triste qu’inappropriée. Pour plusieurs raisons.

Témoin éclatant du racisme très fort qui s’avère toujours d’actualité au Pérou, les candidats aux élections sont, pour une écrasante majorité, aussi blancs que des Européens. Malgré le fait qu’il soit très inhabituel de rencontrer une personne de couleur blanche et de nationalité péruvienne, personne ne parait surpris par ce phénomène. La plupart des gens semblent au contraire très bien s’en contenter, prouvant à quel point la croyance selon laquelle la blancheur de la peau témoigne une forme de supériorité est ancrée dans les mentalités.

Ces visages blancs – et asiatique pour celui de Keiko Fujimori – sont affichés dans toutes les rues. Nombreux sont les murs qui arborent les couleurs et le logo des partis en lice. Sur d’immenses panneaux, les candidats à la présidence et au congrès, le sourire jusqu’aux oreilles, lèvent le pouce ou les deux doigts, comme le ferait le figurant d’une affiche publicitaire. L’objectif est ici plus vraisemblablement de tenter « d’avoir l’air cool » pour attirer l’électorat jeune, peu intéressé par la politique, mais ce phénomène crée un profond décalage avec le sérieux des élections occidentales. Ce fossé est encore davantage creusé par l’attitude des citoyens, qui, lors des manifestations de soutien à un candidat, arborent les couleurs de celui-ci a la manière des supporters d’une équipe de foot.

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Mais, au-delà de l’impression confuse qu’on assiste à un genre de show télévisé ou publicitaire, existe le sentiment que malgré le droit et le devoir de voter que possèdent les citoyens – puisqu’ici, c’est obligatoire –, on échappe à un processus véritablement démocratique. En témoigne par exemple le nombre effarant de candidats. Le Pérou est habitué, pour ses présidentielles, à devoir choisir entre une dizaine de partis. Mais les 19 candidats de 2016 ont battu tous les records. 19 partis différents dans un pays dont l’histoire politique est déjà complexe, particulièrement lorsque leurs propositions ont tendance à toutes se ressembler, ce sont autant de chances d’embrouiller les électeurs. Et cela constitue une garantie du fonctionnement du discours populiste de certains candidats.

Il faut savoir en outre qu’à quelques jours du premier tour des élections, de candidats, il n’en reste plus que 10 – parmi lesquels 2 femmes seulement. En effet, les 9 autres ont retiré leur candidature, ou se sont fait éliminer de la course, soit du fait de la récente loi interdisant les pratiques clientélistes (César Acuña), soit du fait de problèmes administratifs (Julio Guzmán).

« Plus que » 10 candidats, donc, mais que n’épargnent pas toujours la corruption et les scandales. Alan Garcia se présente ainsi cette année pour un troisième mandat à la tête de l’État. Aujourd’hui candidat pour l’Alliance Populaire, il fut éclaboussé par d’importants scandales de corruption il y a quelques années, lorsqu’il occupait la fonction de Président de la République, mais n’avait alors fait l’objet d’aucune sentence judiciaire, faute de preuve – ou plus vraisemblablement grâce à des pots-de-vin généreusement versés à la justice.

Les femmes n’échappent pas non plus aux scandales, puisque Keiko Fujimori, donnée première dans tous les sondages, se moque ouvertement de la loi interdisant les pratiques clientélistes, et s’en donne à cœur joie en distribuant des paniers de nourriture afin d’élargir son électorat. Fille d’Alberto Fujimori, ex président péruvien jeté en prison en 2007 après avoir été accusé de corruption, sa candidature fait polémique au Pérou et donne lieu depuis plusieurs semaines à de très nombreuses manifestations dans tout le pays, à l’image de celle du 5 avril à Lima, qui a réuni plus de 50000 personnes.
Quant à Verónika Mendoza la seconde femme de la course, certains prétendent qu’elle serait liée aux leaders du Sentier Lumineux, ce qui ternit son image et sa candidature.

Ce sont autant d’éléments qui semblent écarter les élections péruviennes de ce dimanche d’un processus démocratique, et c’est pour cette raison que l’Organisation des États d’Amérique, dont l’objectif est la promotion des droits et de la démocratie, a récemment recommandé l’annulation complète de ces élections qui, selon elle, ne sont en rien démocratiques.
Malheureusement, les décisions de cet organe n’ont rien de contraignantes et ses recommandations sont trop faibles politiquement pour avoir un véritable impact. Les Péruviens se rendront donc aux urnes ce dimanche 10 avril pour exécuter ce que certains appellent tristement une « mascarade nationale ».

Par Justine Carnec

Dix jours. 6 500 kilomètres. 2 264 participants. Le 4L Trophy, grande course d’orientation dans le désert marocain, a fêté sa dix-neuvième édition le mois dernier. Elsa Dunet (21 ans) et Alexandre Cornet (20 ans), étudiants à l’Institut d’études politiques de Rennes, font partie de la dizaine d’équipages rennais qui se sont lancés dans le plus grand raid étudiant d’Europe. Après être arrivés 443ème sur 1 132 équipages, Elsa et Alexandre nous racontent leur épopée.

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Comment vous êtes-vous retrouvés dans cette aventure ?

Elsa : Je ne connaissais pas du tout ce rallye. C’est Alexandre qui m’a proposé de participer. On a regardé des vidéos et j’ai été partante !

Alexandre : Je suis passionné d’automobile depuis tout petit. Je connaissais la course, j’en avais entendu parler à la télévision et dans les magazines du style Auto Moto ou Turbo. Et puis, c’était le moment parfait pour partir, avant l’année à l’étranger et le master.

Avant le grand départ, comment organise-t-on un tel voyage ?

Elsa : On s’y est pris un an à l’avance, vers février 2015. On a fait tout, de A à Z, c’était très formateur. D’abord, il faut créer une association pour avoir des fonds. Par contre, les démarches administratives ont été assez longues. On a aussi dû ouvrir un compte en banque, faire la recherche de sponsors, monter un dossier…

Alexandre : L’association nous a permis d’avoir le statut de « personne morale », ce qui est plus facile pour faire du sponsoring auprès des entreprises. On a dû présenter notre projet à l’assemblée générale du Crédit Agricole, ça a été concret dès le début. On a eu de la chance car notre banquier était vraiment aidant et sympa.

Elsa : Oui, il était un peu comme notre papa sur le projet !

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Quel est le budget moyen pour pouvoir participer à ce rallye ?

Elsa : Pour s’inscrire au rallye, il faut compter autour de 3 000 euros, c’est le prix de base. Cependant, il peut y avoir de grandes différences de budget entre les équipages, en fonction du prix d’achat de la 4L et des connaissances en mécanique : soit il faut payer un mécanicien pour la remettre en état, soit on est capable de le faire par nous-mêmes.

Alexandre : Je dirais que le budget moyen total oscille entre 7 000 et 8 000 euros. Pour la 4L, il faut compter à peu près 2 000 euros. Les gros sponsors, plutôt des entreprises locales dans notre cas, ont représenté à peu près 70% de notre budget. Le reste est venu de notre entourage (familles, amis).

Elsa : On a fait toutes sortes d’activités pour trouver des fonds : des brocantes, des emballages cadeaux, une tombola à Sciences Po, du crowdfunding (ndlr : financement participatif en ligne), une soirée. On a eu des dons d’équipements sportifs et de fournitures scolaires par des lycées partenaires et des étudiants. On a reçu également un don financier de l’association de Sciences Po Elikya.

Comment avez-vous trouvé la voiture ?

Elsa : L’été dernier, une connaissance de ma grand-mère nous a vendu sa voiture qui avait déjà participé au 4L Trophy, à deux reprises, mais celle-ci n’avait pas roulé depuis bientôt deux ans. L’avantage, c’est qu’elle était presque prête pour le départ, déjà peinte.

Alexandre : On a juste eu à rajouter le drapeau breton !

Comment la course se déroule-t-elle concrètement ?

Alexandre : Il y a six étapes durant le parcours. On doit relier différents points et le but de la course est de faire le moins de kilomètres possible. La nuit, on dort en bivouac avec les autres équipages, sauf lors de la dernière épreuve qu’on appelle « le marathon ». On a deux jours pour rejoindre Marrakech. C’est donc à nous de gérer notre temps, on peut dormir où on veut. Nous, on a fait un feu de bois avec quatre autres équipages, on était à côté des canyons. C’était magnifique.

Elsa : Il faut savoir aussi que sur le nombre de nuits passées au bivouac, trois se sont déroulées au même endroit. Chaque jour, on faisait donc des boucles différentes. On a un roadbook (carnet de navigation) qui nous indique le chemin avec des flèches et des symboles, et une boussole qu’on a d’ailleurs cassée dès le premier jour, heureusement remplacée par nos amis suisses.

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Au niveau de l’organisation, qu’est-ce qui est mis en place en cas de problème sur la route ?

Alexandre : Dans le désert, il n’y a pas de réseau, donc pas de téléphone. On dispose de deux fusées de détresse, mais on ne peut les utiliser qu’en cas de danger absolu. Sinon, on a un triangle lumineux à poser sur le toit de la voiture en cas de panne. Les mécaniciens du rallye, ou même les autres équipages, viennent nous aider.

Elsa : Il y a aussi un hélicoptère pour surveiller les voitures. Une fois, des amis ont traversé la frontière algérienne par erreur. Ils ont vite été rattrapés par les organisateurs !

Avez-vous dû suivre une formation en mécanique avant de partir ?

Elsa : Non, on n’y connaissait pas grand-chose, à part avoir lu le manuel d’utilisation de la 4L.

Alexandre : On a appris sur le tas. On a même beaucoup appris pendant le rallye. En même temps, vu qu’on partait de zéro, ce n’était pas difficile !

Avez-vous eu des moments plus difficiles pendant le trajet ?

Elsa : Oui, j’ai eu des moments où je n’en pouvais plus. Une fois, on a dû faire un trajet de nuit, je n’étais pas sereine. Les routes étaient petites, on ne voyait rien, il y avait des virages en pente. Les organisateurs voulaient qu’on respecte bien le timing imposé, donc il nous est arrivé de rouler dix heures dans la même journée, à cause d’un retard au début du parcours. Mais, en moyenne, une étape dure entre six et sept heures.

Alexandre : Cette année, le parcours était plus sportif, les étapes plus compliquées, avec notamment des passages avec beaucoup de sables et de cailloux. Mais ça fait partie de l’aventure.

Elsa : Et puis, on sait qu’on n’est jamais vraiment perdus. Il y a des mécaniciens, des gens qui nous surveillent. On n’est pas vraiment seuls. Il y a aussi tous les autres équipages sur la route, donc beaucoup d’entraide entre nous. On n’est pas du tout dans un esprit de compétition.

Alexandre : Il y a des paysages de fou et une bonne ambiance, cela fait relativiser les moments plus difficiles ou les couacs d’organisation.

Qu’avez-vous ressenti au moment de franchir la ligne d’arrivée ?

Alexandre : Du soulagement et de la fierté d’être arrivés jusqu’au bout, après un an de travail sur ce projet.

Elsa : Oui, on était soulagés parce qu’on avait eu des problèmes avec la voiture pendant les deux jours de route du marathon. Rationnellement, j’étais donc contente d’être arrivée pour que les mécaniciens puissent vérifier et réparer la voiture, avant qu’on ne reparte pour la France. Mais j’étais triste aussi que le rallye soit terminé.

Racontez-nous un de vos meilleurs souvenirs durant la course.

Alexandre : Un soir, il y a eu un embouteillage à cause d’un bac à sable (sable trop « mou » pour pouvoir avancer avec la voiture), il y avait presque 300 4L bloquées sur la route. On est restés là presque trois heures. Du coup, on est tous sortis pour prendre l’apéro, faire des jeux, s’amuser. Puis il a commencé à faire nuit. Le coucher de soleil, sur la dune, en plein désert, c’était magnifique.

Elsa : Le plus épique qu’il nous est arrivé, c’est quand la 4L ne démarrait plus à cause d’un problème d’arrivée d’essence. On s’était arrêtés et… impossible de redémarrer ! On a dû la pousser dans les montagnes, dans la descente du col de Tichka. C’était assez drôle.

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Le 4L Trophy n’est pas seulement une course d’orientation, mais également un projet humanitaire. Le rallye est en lien avec l’association « Les enfants du désert » depuis dix ans. Quel est votre rôle pendant ce voyage ?

Alexandre : « Les enfants du désert » est une association implantée au Maroc, elle est en lien avec dix-sept autres associations là-bas, dans lesquelles elle redistribue nos dons. En moyenne, chaque équipage apporte 50kg de dons. Cette année, on nous a demandé d’apporter deux sacs scolaires complets (avec fournitures) et un sac de sport. On peut aussi faire un don financier supplémentaire. Cette année, je crois qu’ils ont reçu près de 25 000 euros pour la construction d’écoles et 50 tonnes de matériel scolaire.

Elsa : La première journée, on a une remise des dons, on a pu passer un peu de temps avec les enfants. Plus tard pendant le parcours, 40 équipages sélectionnés à l’avance sur dossier ont eu le droit de participer à une autre remise de dons dans une école de la région au lieu d’une étape.

Le rallye essuie parfois quelques critiques, notamment pour son empreinte écologique et sa logique commerciale. Que regard portez-vous sur ces avis après votre expérience ?

Alexandre : C’est vrai que je suis un peu réservé sur l’organisation du voyage, l’inscription est plutôt chère et je trouve qu’on s’éloigne un peu de la philosophie de base du projet, par sa dimension et sa médiatisation de plus en plus importante. Maintenant, ça devient plus un grand rassemblement étudiant qu’un projet humanitaire. C’est organisé par une agence de voyage, par exemple. Mais ça reste une course humanitaire, et même si on sait qu’il y a du business derrière, je ne regrette pas d’y avoir participé.

Elsa : Certains peuvent s’opposer au principe du rallye d’un point de vue écologique, ce que je comprends. Mais ça n’efface pas le projet humanitaire. Je pense même que c’est la différence notable de ce rallye, puisqu’il a un côté utile. Le rallye du 4L Trophy regroupe l’idée du voyage, de l’action humanitaire, de la course automobile : je pense que tout le monde peut s’y retrouver.

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Quels conseils pourriez-vous donner à ceux qui souhaitent s’inscrire pour l’édition 2017 ?

Alexandre : De prendre une 4L GTL (version plus puissante que notre TL) et de changer les pneus avant de partir, car ceux d’origines sont petits et plus difficiles à trouver en cas de crevaison. Au niveau du budget, il ne faut pas négliger l’entourage et démarcher sa famille, le réseau est très important.

Elsa : C’est bien d’être en lien avec une école ou un collège également, au niveau des dons scolaires. La préparation du projet est longue donc je pense qu’il faut commencer la recherche de sponsors avant l’été. Alors, oui, ça demande beaucoup de temps, mais c’est un projet qui tient forcément à cœur donc on y consacre le plus de temps possible, ça fait aussi partie de l’aventure.

La 4L est l’élément phare de votre traversée, comment décririez-vous la vôtre en un seul mot ?

Elsa : Une battante !

Alexandre : Ma chère et tendre…

Propos recueillis par Florie Cotenceau et Lauriane Perrigault

Depuis le début de la semaine, les négociations menées par le leader du PSOE (parti socialiste) pour former le gouvernement espagnol s’intensifient. Il se présentera en effet à l’investiture à la présidence du gouvernement dans moins d’une semaine, le 1er mars.

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©REUTERS/Chema Moya/Pool

Le 2 février, le roi Felipe VI a chargé Pedro Sanchez, dont la formation politique est arrivée deuxième aux élections, de former un gouvernement.

Pour obtenir la majorité nécessaire, Pedro Sanchez doit obtenir le soutien d’autres formations politiques puisque son parti n’a obtenu que 90 députés lors des élections générales du 20 décembre 2015. Il négocie donc à la fois avec la gauche et le centre-droit.

Lundi 22 février, le PSOE a initié des négociations avec trois partis de gauche : Podemos (parti de gauche radicale), IU (coalition de gauche incluant le parti communiste) et Compromís (coalition valencienne), pour un « gouvernement progressiste« , alternatif au gouvernement actuel du PP (Parti populaire, de droite). Les négociations, qui se poursuivent mardi et aujourd’hui, se concentrent d’abord sur le programme ; la composition du futur gouvernement ne sera abordée qu’ensuite. Cependant, un tel gouvernement à quatre autour des socialistes ne réunit que 161 voix et n’atteint pas les 176 voix requises pour avoir la majorité absolue.

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C’est pourquoi Pedro Sanchez mène en parallèle des négociations avec Albert Rivera, le leader du parti de centre-droit Ciudadanos, ainsi que PNV (parti nationaliste basque) et CC (coalition canarie). Elles ont abouti hier à un accord pour signer un pacte de législature entre le PSOE et Ciudadanos, soumis aujourd’hui aux directions exécutives des deux partis. Cet « accord pour un gouvernement réformiste et de progrès » prévoit notamment de supprimer les gouvernements provinciaux, de ne pas augmenter les impôts, de garantir les droits sociaux et de ne pas organiser de referendum d’autodétermination (pour l’indépendance de la Catalogne). Ciudadanos s’engage ainsi à soutenir l’investiture de Pedro Sanchez, alors qu’il y était auparavant opposé. Ce pacte assurerait 130 votes et nécessiterait donc l’abstention du PP (123 voix) ou de Podemos (69 voix).

Celle-ci sera difficile à obtenir car le pacte a été vivement critiqué par Pablo Iglesias, leader de Podemos, qui le juge incompatible avec son propre programme politique. IU condamne aussi le pacte, « contraire aux intérêts des classes populaires ». Les deux formations de gauche acceptent néanmoins de poursuivre les négociations en vue d’un accord avec les socialistes pour un gouvernement de gauche.

Un soutien du PP n’est pas non plus acquis. Tout en maintenant une offre de grande coalition PP-PSOE-Ciudadanos, le parti de droite refuse catégoriquement de soutenir tout projet qui écarterait son leader, Marano Rajoy, de la présidence du gouvernement.

Pedro Sanchez n’est donc pas encore assuré d’obtenir le nombre de voix nécessaires à son investiture à la présidence du gouvernement. Les débats au Congrès des députés s’ouvriront le 1er mars, et le premier vote aura lieu le 3 mars. Le leader socialiste devra alors obtenir la majorité absolue des voix, soit 176, pour être élu. S’il n’y parvient pas, un second vote aura lieu le 5 mars, ne nécessitant cette fois qu’une majorité simple. En cas de nouvel échec, le roi Felipe VI pourra proposer d’autres candidats à l’investiture, tel que Marian Rajoy, qui avait renoncé temporairement à former un gouvernement fin janvier, faute de soutiens.

A compter du premier vote, le 3 mars, débutera un délai de deux mois au terme duquel l’assemblée sera dissoute si aucun président du gouvernement n’est élu. S’ensuivraient de nouvelles élections générales, le 26 juin. Soit plus de six mois après les précédentes élections du 20 décembre 2015…

Auriane Loizeau

Coup d’État pour certains, dérives autoritaires pour les autres, la sixième puissance économique européenne est en pleine crise politique. Le 13 janvier dernier, l’Union Européenne a lancé une procédure inédite de surveillance du respect de l’État de droit, suite à deux réformes controversées prises par le nouveau gouvernement conservateur. De son côté, la Pologne accuse Bruxelles de remettre en cause un Parlement démocratiquement élu. Une crise politique qui semble mettre en lumière une crise identitaire plus profonde, touchant toute l’Europe.

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Le 25 octobre dernier, le parti Droit et Justice (Psi) de l’ancien premier ministre, Jaroslaw Kaczynski, remporte les législatives avec 38 % des voix, offrant au parti conservateur et nationaliste une majorité absolue au Parlement. Les libéraux centristes de la Plateforme civique (PO), au pouvoir depuis 2007, n’ont obtenu que 24,09 % des voix. Quant à la gauche, son score, qui n’atteint pas le seuil d’éligibilité de 8%, lui ferme les portes du Parlement. Pour la première fois depuis la fin du communisme (1989), le pays n’est dirigé que par un seul parti.

Cependant, parmi les mesures de « re-polinisation » annoncées durant la campagne, deux réformes sont pointées du doigt par la Commission européenne. Le 24 décembre, une loi adoptée par l’Assemblée via une procédure accélérée modifie le fonctionnement du tribunal constitutionnel et son système de vote à majorité. Cinq nouveaux juges sont également nommés par le gouvernement. Le 30 décembre, une seconde loi vient réformer les médias publics, jugés « trop libéraux » et portant des valeurs « anti-polonaises ». La nouvelle loi prévoit, par exemple, la nomination des dirigeants des médias publics par le ministère du trésor.

A la suite de ces réformes, des milliers de polonais sont descendus dans la rue à plusieurs reprises pour « défendre la démocratie ». Dans la vidéo ci-dessous, filmé lors d’un rassemblement à Cracovie, on peut les entendre chanter « On est en Pologne, pas à Budapest ! », en référence à Viktor Orbán, le premier ministre hongrois, qui mène une politique de plus en plus autoritaire depuis son arrivé au pouvoir en 2010. Avec Jaroslaw Kaczynski, les deux hommes apparaissent comme des nationaux radicaux, contre « la démocratie libérale » à l’occidentale. Par ailleurs, la procédure de surveillance inédite de l’Union Européenne a été inventée en 2014, en conséquence des dérives autoritaires orchestrées par Viktor Orbán. Cette procédure de sauvegarde de l’État de droit met en place un dialogue entre la Commission et l’État concerné. Des recommandations sont alors émises par l’Union. En cas de refus, la sanction peut aller jusqu’à suspendre le droit de vote du pays lors des sommets et réunions ministérielles. Mais la Pologne est encore loin de ce cas de figure. Le pays s’est défendu devant le Parlement européen, le 19 janvier, par le biais de la première ministre, Beata Szydlo. Elle a tenu à défendre ces réformes qu’elle estime répondre aux critères d’impartialité et de neutralité européens. Le débat est lancé.

Cette crise politique révèle un climat européen de plus en plus tendu. L’Europe, déchirée sur la question de l’accueil des réfugiés depuis quelques mois, ne laisse pas la Pologne en reste. L’élection du parti conservateur au pouvoir est un exemple parmi les autres de la crise identitaire qui touche de nombreux pays européens, une crise accentuée par la crise économique.

Anaïs, étudiante française en sociologie, a posé ses valises à Cracovie en septembre dernier dans le cadre d’une année Erasmus. Ces derniers mois, de nombreuses manifestations anti-immigration se sont déroulées sur tout le territoire. « La première à laquelle j’ai assisté était à Varsovie. J’étais en voyage dans la capitale polonaise. Je n’avais pas prévu de me retrouver en plein cœur d’une manifestation. C’était le 12 septembre 2015, les journaux annonçaient dès le lendemain 30 000 manifestants, » explique-t-elle, « En majorité, dans la foule, des hommes portant des panneaux avec des pays, comme l’Allemagne et la France, rayés. Ce fut ma première expérience du nationalisme polonais. »

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De retour à Cracovie, les rassemblements se font moins importants, de l’ordre de 200 à 300 personnes, mais le climat de tensions est toujours présent et le discours politique clairement orienté vers la menace islamiste.

« Une fois, un professeur polonais nous a expliqué que les immigrés chrétiens peuvent être accueillis en Pologne car ils partagent la même culture, ce qui n’est pas le cas des immigrés musulmans. Il expliquait que ces derniers ne pourraient s’intégrer à la société et agiraient comme en France, c’est à dire, en refusant d’apprendre la langue, de respecter les lois polonaises et en se regroupant dans des quartiers. Je suis intervenue pour lui faire remarquer que les musulmans en France étaient majoritairement français, qu’ils parlaient donc notre langue, et que, s’ils vivaient dans les mêmes quartiers, c’était dû à un manque de revenu et donc un problème social. Le professeur a trouvé ma remarque … amusante. »

Des propos, certes minoritaires, mais qui touchent également les populations plus jeunes, les étudiants polonais, par exemple.

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« Un Erasmus français m’a raconté avoir discuté avec une Polonaise, étudiante en ingénierie. Lorsqu’il lui a dit qu’il souhaitait apprendre l’arabe, elle lui a répondu qu’en effet,  »il fallait connaître son ennemi pour mieux le vaincre ». L’immigration musulmane en Pologne est très faible. L’image qu’ils se font de cette religion est donc influencée par celle qu’ils voient dans les médias… On aurait probablement pu répondre à cette étudiante qu’il est surtout préférable de connaître ses voisins, avant d’en faire ses ennemis. »

Florie Cotenceau