Les Décloîtrés

Corentin SIMON, Ljubljana, Slovénie

 

Coincée entre l’ex-Yougoslavie et l’ancien empire austro-hongrois, j’étais prévenu à l’avance de la petite taille géographique de la Slovénie. Un peu faible comme information pour un pays où je m’apprêtais à passer neuf mois. Alors une fois mon guide touristique en poche, deux nouveaux adjectifs se sont ajoutés à la description de ma nouvelle terre d’accueil : sauvage et diversifiée.

Et depuis mon arrivée, je ne peux que constater les richesses naturelles de la Slovénie, dont les multiples influences dues à sa parfaite situation géographique offrent des paysages extrêmement variés. On y trouve les Alpes juliennes, un bout de la côte adriatique, une multitude de lacs, d’innombrables grottes, des thermes, des châteaux… Comment se fait-il qu’un pays, atteignant à peine la taille de la Bretagne, ait autant de trésors à offrir ? Et je pèse mes mots : je parle ici d’un pays qui me pousse à faire des randonnées de mon plein gré, ce qui n’a rien d’un mince exploit. Mais surtout pourquoi en France n’en savons-nous presque rien ?

Je fais donc ce constat : le tourisme en Slovénie, bien que représentant une importante part de l’économie nationale et étant considéré comme une branche d’activité essentielle, possède une marge de progression conséquente. En observant simplement son voisin croate, on perçoit un clair manque de mise en valeur du patrimoine slovène. L’image, la publicité, les voyages organisés… Vu de France comme depuis les Balkans, le potentiel « attractif » des deux pays est incomparable : la Croatie, ce sont les côtes bordées d’une mer turquoise, les ambiances « game of thronesques », des parcs naturels à couper le souffle… À côté, la Slovénie a une image plus obscure, faisant ressortir des plaines vertes et de villages traditionnels. Intéressant en un sens, mais moins attirant.

Cependant, sur place, je vois un net gain d’intérêt pour cette destination encore atypique : l’été, les sites de randonnées sont combles, les chambres libres dans les hôtels se font rares à Piran (ville de la côte d’Istrie ndlr), et les rues piétonnes de la douce capitale Ljubljana sont bondées. Ce paradoxe mène à penser que la Slovénie se trouve en pleine transition quant à son statut de destination touristique : les récents guides, de nombreux blogs, et surtout les campagnes de publicité au slogan d’ «I Feel Slovenia » sont autant de facteurs qui pourraient faire de la Slovénie une des futures top-destinations de vacances en Europe. De plus, assez durement touché par la crise, ce pays qui a rejoint la zone euro pourrait se servir du secteur touristique pour relancer son économie.

Dans le même temps, à titre personnel, je suis partagé entre l’envie de voir mon pays d’accueil être reconnu à sa juste valeur et la volonté de ne pas tomber dans le piège d’un tourisme de masse toujours plus cupide et vide de sens. Car c’est bien cette pureté qui fait que la Slovénie vaut le détour : sans cela, ce n’est qu’une destination touristique parmi tant d’autres, où l’on collectionne les endroits visités comme des trophées sans saveur. Ce dilemme où me mène ma réflexion trouvera peut-être une réponse dans les années futures. Dans tous les cas, je suis déjà conscient d’avoir eu la chance de découvrir ce pays méconnu dans l’état dans le lequel il se trouve aujourd’hui.

 

Au travail ! arrow-right
Next post

arrow-left Nouvelles du jeudi 12 février - Projet de maquette et 6 ans
Previous post