Les Décloîtrés

Jeanne – Togo

Le Togo, visité par Jeanne Etienne : La porte d’entrée sur le continent Africain

 

©Jeanne Etienne

Avais-tu des connaissances, des attentes par rapport au Togo avant d’y arriver ?

Je connaissais déjà le pays, j’y étais partie en volontariat en 2015 pendant un mois, mais comparativement à mon année là-bas, c’était deux expériences totalement différentes. Quand j’étais restée un mois, j’avais idéalisé le pays, je ne l’avais pas bien cerné et quand je suis revenue ça m’a déconstruit certains idéaux. Cette deuxième expérience m’a permis de bien comprendre comment la société togolaise fonctionne car elle est très différente de la notre et politiquement un peu compliquée.

Quelles-ont été les différences que tu as perçues entre tes deux séjours ?

Pendant mon volontariat j’ai été surprise de la facilité d’intégration dans le pays. J’ai trouvé la population ouverte aux étrangers, toujours bienveillante. A mon retour j’ai réalisé que cette bienveillance est parfois trompeuse, qu’il y avait un coté naïf de ma part, de ceux qui arrivent en général et que certains peuvent en profiter. Quand un occidental voyage dans un pays pauvre, les rapports ne sont pas les mêmes et peuvent être difficiles à cerner. Je pense qu’on passe par trois phases : la naïveté, la méfiance de tous, puis on trouve un équilibre  et on apprend à identifier ceux avec qui on peut être en confiance. La deuxième différence majeure que j’ai perçue concerne la politique. Le pays est présenté comme très dictatorial car cela fait cinquante ans que la même famille est au pouvoir et les élections ne se passent pas de façon très claire. Mais grâce à mon stage à l’ambassade, je me suis rendu compte qu’il y a néanmoins une grande liberté d’expression, dans la presse comme dans les discussions et globalement on peut critiquer le pouvoir.

Comment as-tu trouvé la nourriture ?

Les habitudes ne sont pas du tout les mêmes qu’en France : ici on fait ses courses pour la semaine, au Togo on va plutôt s’acheter des plats à manger directement dans la rue. Pendant un an je n’ai quasiment pas fait la cuisine ! On allait voir les « mamas » qui cuisinaient dehors. Cela coûte en fait moins cher que de faire ses courses. Les plats sont très différents de ce que l’on connaît en France, beaucoup sont à base de pâtes, de semoule et il utilisent beaucoup d’huile de palme et de piment. C’est d’abord surprenant, ça brûle, puis finalement on s’y habitue et on en redemande !

Le rythme de vie est-il différent ?

La journée commence le matin à quatre heures, avec le lever du soleil, qui se couche à dix-huit heures. Vendeurs ambulants, circulation… le bruit se diffuse tôt dans la rue. Moi j’avais des journées classiques car j’étais dans une institution française, mais dans les ONG togolaises par exemple, on commence à travailler à cinq heures et on s’arrête de onze à quinze heures. Tout le monde prend le temps de manger et de se reposer. Comme il fait nuit très tôt je ne m’y attendais pas, mais les togolais sortent quand même tard. Je pensais qu’ils ne dormaient jamais… mais en fait ils font des micro siestes tout au long de la journée, leur rapport au sommeil est très différent du notre !

Quel est le niveau de développement du Togo ? As-tu été confrontée à la pauvreté ?

Le Togo est le douzième pays le plus pauvre du monde alors forcément ça se ressent. Le pays n’a pas encore connu de boom de croissance donc les inégalités ne sont pas criantes comme au Nigeria ou au Ghana. Il n’y a pas de ségrégation spatiale. Je m’attendais à un choc de pauvreté visuelle mais ce ne fut pas le cas finalement, cela doit être lié à une certaine pudeur culturelle je pense. Je n’ai pas trop vu de mendicité par exemple. Par contre, c’est dans les campagnes que j’ai le plus ressenti la pauvreté car les villages sont faits d’habitats traditionnels en terre cuite, sans accès à l’électricité, avec peu d’eau potable et aucune gestion des déchets. Il y a un gros manque d’infrastructures sanitaires, d’ailleurs les hôpitaux sont plus vus comme des mouroirs que des endroits ou on peut se faire soigner. La polio est très répandue et comme c’est une maladie très visuelle s’est très frappant.

©Jeanne Etienne

Y-a-t-il quelque-chose d’autre qui t’a marquée ?

Il y a leur rapport à la spiritualité : le sud du Togo et le Bénin sont très marqués par les croyances vaudoues, mais celles-ci sont très différentes de l’image qu’on s’en fait. Par exemple, ils n’ont aucune idée de ce qu’est la poupée vaudou dont nous avons tous entendu parler, ils ne voyaient pas du tout à quoi je faisais référence. Leur croyance se caractérise par un rapport à la nature très fort. Leur « Mawu » c’est à dire « dieu » ou « être supérieur » est la nature. Cela me fait un peu penser au Japon et à la Princesse Mononoké. Cette croyance marque beaucoup la société et c’est très intéressant car elle est très moderne et progressiste : les femmes dans les croyances vaudoues ont un statut égal au hommes, ce que je ne retrouvais pas dans le reste de la société.

Le Togo est-il un pays sûr ?

Quand j’y étais, c’était l’un des pays le plus calme d’Afrique. Mais maintenant, je n’aurai sûrement pas la même opinion : une crise politique s’est déclenchée une semaine après mon départ et il y a des manifestations toutes les semaines depuis, avec des victimes. Cela me fait de la peine pour les Togolais. Je pense que c’est une des caractéristiques des pays africains : ils peuvent basculer facilement. Mais je conseillerais aujourd’hui encore d’aller visiter le Togo. Je pense que Lomé, la capitale, est la meilleure porte d’entrée sur le continent, car elle permet de découvrir le mode de vie et les codes culturels, tout en restant dans un endroit sûr et ouvert aux étrangers. Il n’y a pas de sentiment anti-français, contrairement au Cameroun par exemple. Les Togolais sont curieux des codes culturels extérieurs et veulent faire découvrir leur culture et leur histoire. J’ai hâte d’y retourner !

 

Un article d’Alice Lucas. Merci à Jeanne pour son témoignage.

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