Les Décloîtrés

La saison de la citrouille

Tout a commencé lorsque Julia, ma colloc, a débarqué un beau matin, une énorme citrouille à la main. Nous sommes fin septembre, après tout, faisons comme si c’était normal ! Intriguée je lui demande si c’est pour Halloween et elle me répond : « No, it’s fall, Pumpkin is baaaack ! » (= non c’est l’automne, la citrouille est de retour !) De plus en plus interloquée, je lui demande quelques explications et elle me raconte alors qu’ici aux États-Unis, et d’autant plus en Nouvelle-Angleterre, l’automne est la saison de la citrouille. Et, en effet, je ne tarde pas à m’en apercevoir par moi-même. Magasins, cafés, boutiques, restaurant du campus, tous sont envahis par la fameuse cucurbitacée orange.

Citrouille 1
Une origine historique
A la fin du XIXe siècle, lors d’une vague massive d’immigration, les Irlandais apportèrent aux États-Unis une tradition païenne nommée Halloween. Ils avaient pour habitude de creuser des rutabagas ou des navets et d’y mettre une lanterne mais ces légumes furent remplacés par le potiron, une fois sur le continent américain. Ainsi, elle est un des symboles les plus connus d’Halloween mais c’est aussi une composante essentielle de tout repas de Thanksgiving qui se respecte. Cette fête nationale commémore l’arrivée des pèlerins aux États-Unis, qui, opprimés à cause de leur pratique séparatiste de la religion anglicane, ont fui l’Angleterre. Le premier hiver décima la moitié du groupe. Les pèlerins décidèrent alors de signer un traité de paix avec les Amérindiens qui les aidèrent et leur enseignèrent comment survivre sur cette terre qu’ils ne connaissaient pas. Que vient faire le potiron dans tout cela alors ? Et bien le potiron est issu du fruit de la première récolte des pèlerins ! C’est pourquoi aujourd’hui encore, le repas traditionnel de Thanksgiving, célébré chaque année le quatrième jeudi de novembre, ne peut se faire sans pumpkin pie (délicieuse tarte au potiron).

Citrouille 2
Une invention qui a du nez
En 2003, la section recherche de la célèbre chaine de café Starbucks est en panne d’inspiration. Ils ont pour ambition de créer un café qui aurait la saveur de l’automne, qui retransmettrait cette atmosphère si particulière de cet entre-deux saisons. Peter Dukes, l’espresso brand manager de la marque, pense alors à son dessert préféré de l’automne : la tarte à la citrouille et se demande quel goût aurait un café aromatisé à celui-ci. Starbucks produit déjà des cafés au caramel, au chocolat blanc, goût cookie… alors pourquoi pas pumpkin pie ? « La courge orange est tellement liée à notre identité culturelle que les Américains de tous milieux et de tout le pays se sentent contraints d’aller en faire la cueillette dans les champs, d’écumer les fêtes en son honneur ou d’en orner leur porche pendant un mois entier » explique Dukes. En suivit alors un long travail d’élaboration qui finit par déboucher sur le « pumpkin spice », un subtil mélange de cannelle, clou de girofle, gingembre et muscade (mais pas de vrai potiron…). Onze ans après sa sortie, c’est plus de 200 millions de Pumpkin Spice Latte qui ont été commandés et le café est vite devenu la boisson star de l’automne, si ce n’est une véritable obsession pour certains (non non je ne me sens pas visée…).

Citrouille 3
Pumpkin spice is everywhere
Après cette extraordinaire (et lucrative) découverte, le marché tout entier s’est emparé de l’idée et le pumpkin spice a envahi les rayons des magasins américains. Et moi aussi je suis tombée sous le charme de la citrouille… mon premier Pumpkin spice latte mocha englouti au Dunkin Donuts du campus, je me suis mis en tête de tester tous les produits à la citrouille du marché. Mission impossible. Des céréales aux cookies ( miam !), en passant par le yaourt, les Oréos et la bière (testée et approuvée), la saveur « citrouille » s’est même infiltrée dans les Pringles, les shampoings ou encore la nourriture pour chien. Et oui, les Etats-Unis ne sont pas les rois de la consommation pour rien ! Ainsi, cette saveur est devenue le symbole de la saison et participe au fait que l’automne ici ne se résume pas au triste et pluvieux mois de novembre, mais est célébré et même considéré par beaucoup d’Américains comme leur moment préféré de l’année. Alors moi aussi, au cœur du Rhode Island, je commence à apprécier cette saison pleine de surprises et de découvertes. Mais voilà qu’on m’appelle, c’est l’heure de goûter et une délicieuse odeur de pumpkin bread embaume la cuisine…

Pascale Charpenet, Kingston (Rhode Island)

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