Les Décloîtrés

Dix jours. 6 500 kilomètres. 2 264 participants. Le 4L Trophy, grande course d’orientation dans le désert marocain, a fêté sa dix-neuvième édition le mois dernier. Elsa Dunet (21 ans) et Alexandre Cornet (20 ans), étudiants à l’Institut d’études politiques de Rennes, font partie de la dizaine d’équipages rennais qui se sont lancés dans le plus grand raid étudiant d’Europe. Après être arrivés 443ème sur 1 132 équipages, Elsa et Alexandre nous racontent leur épopée.

12476415_1101656339885253_1141135971_n

Comment vous êtes-vous retrouvés dans cette aventure ?

Elsa : Je ne connaissais pas du tout ce rallye. C’est Alexandre qui m’a proposé de participer. On a regardé des vidéos et j’ai été partante !

Alexandre : Je suis passionné d’automobile depuis tout petit. Je connaissais la course, j’en avais entendu parler à la télévision et dans les magazines du style Auto Moto ou Turbo. Et puis, c’était le moment parfait pour partir, avant l’année à l’étranger et le master.

Avant le grand départ, comment organise-t-on un tel voyage ?

Elsa : On s’y est pris un an à l’avance, vers février 2015. On a fait tout, de A à Z, c’était très formateur. D’abord, il faut créer une association pour avoir des fonds. Par contre, les démarches administratives ont été assez longues. On a aussi dû ouvrir un compte en banque, faire la recherche de sponsors, monter un dossier…

Alexandre : L’association nous a permis d’avoir le statut de « personne morale », ce qui est plus facile pour faire du sponsoring auprès des entreprises. On a dû présenter notre projet à l’assemblée générale du Crédit Agricole, ça a été concret dès le début. On a eu de la chance car notre banquier était vraiment aidant et sympa.

Elsa : Oui, il était un peu comme notre papa sur le projet !

12499444_1101656359885251_522686536_o

Quel est le budget moyen pour pouvoir participer à ce rallye ?

Elsa : Pour s’inscrire au rallye, il faut compter autour de 3 000 euros, c’est le prix de base. Cependant, il peut y avoir de grandes différences de budget entre les équipages, en fonction du prix d’achat de la 4L et des connaissances en mécanique : soit il faut payer un mécanicien pour la remettre en état, soit on est capable de le faire par nous-mêmes.

Alexandre : Je dirais que le budget moyen total oscille entre 7 000 et 8 000 euros. Pour la 4L, il faut compter à peu près 2 000 euros. Les gros sponsors, plutôt des entreprises locales dans notre cas, ont représenté à peu près 70% de notre budget. Le reste est venu de notre entourage (familles, amis).

Elsa : On a fait toutes sortes d’activités pour trouver des fonds : des brocantes, des emballages cadeaux, une tombola à Sciences Po, du crowdfunding (ndlr : financement participatif en ligne), une soirée. On a eu des dons d’équipements sportifs et de fournitures scolaires par des lycées partenaires et des étudiants. On a reçu également un don financier de l’association de Sciences Po Elikya.

Comment avez-vous trouvé la voiture ?

Elsa : L’été dernier, une connaissance de ma grand-mère nous a vendu sa voiture qui avait déjà participé au 4L Trophy, à deux reprises, mais celle-ci n’avait pas roulé depuis bientôt deux ans. L’avantage, c’est qu’elle était presque prête pour le départ, déjà peinte.

Alexandre : On a juste eu à rajouter le drapeau breton !

Comment la course se déroule-t-elle concrètement ?

Alexandre : Il y a six étapes durant le parcours. On doit relier différents points et le but de la course est de faire le moins de kilomètres possible. La nuit, on dort en bivouac avec les autres équipages, sauf lors de la dernière épreuve qu’on appelle « le marathon ». On a deux jours pour rejoindre Marrakech. C’est donc à nous de gérer notre temps, on peut dormir où on veut. Nous, on a fait un feu de bois avec quatre autres équipages, on était à côté des canyons. C’était magnifique.

Elsa : Il faut savoir aussi que sur le nombre de nuits passées au bivouac, trois se sont déroulées au même endroit. Chaque jour, on faisait donc des boucles différentes. On a un roadbook (carnet de navigation) qui nous indique le chemin avec des flèches et des symboles, et une boussole qu’on a d’ailleurs cassée dès le premier jour, heureusement remplacée par nos amis suisses.

12498997_1101656346551919_1375404630_n

Au niveau de l’organisation, qu’est-ce qui est mis en place en cas de problème sur la route ?

Alexandre : Dans le désert, il n’y a pas de réseau, donc pas de téléphone. On dispose de deux fusées de détresse, mais on ne peut les utiliser qu’en cas de danger absolu. Sinon, on a un triangle lumineux à poser sur le toit de la voiture en cas de panne. Les mécaniciens du rallye, ou même les autres équipages, viennent nous aider.

Elsa : Il y a aussi un hélicoptère pour surveiller les voitures. Une fois, des amis ont traversé la frontière algérienne par erreur. Ils ont vite été rattrapés par les organisateurs !

Avez-vous dû suivre une formation en mécanique avant de partir ?

Elsa : Non, on n’y connaissait pas grand-chose, à part avoir lu le manuel d’utilisation de la 4L.

Alexandre : On a appris sur le tas. On a même beaucoup appris pendant le rallye. En même temps, vu qu’on partait de zéro, ce n’était pas difficile !

Avez-vous eu des moments plus difficiles pendant le trajet ?

Elsa : Oui, j’ai eu des moments où je n’en pouvais plus. Une fois, on a dû faire un trajet de nuit, je n’étais pas sereine. Les routes étaient petites, on ne voyait rien, il y avait des virages en pente. Les organisateurs voulaient qu’on respecte bien le timing imposé, donc il nous est arrivé de rouler dix heures dans la même journée, à cause d’un retard au début du parcours. Mais, en moyenne, une étape dure entre six et sept heures.

Alexandre : Cette année, le parcours était plus sportif, les étapes plus compliquées, avec notamment des passages avec beaucoup de sables et de cailloux. Mais ça fait partie de l’aventure.

Elsa : Et puis, on sait qu’on n’est jamais vraiment perdus. Il y a des mécaniciens, des gens qui nous surveillent. On n’est pas vraiment seuls. Il y a aussi tous les autres équipages sur la route, donc beaucoup d’entraide entre nous. On n’est pas du tout dans un esprit de compétition.

Alexandre : Il y a des paysages de fou et une bonne ambiance, cela fait relativiser les moments plus difficiles ou les couacs d’organisation.

Qu’avez-vous ressenti au moment de franchir la ligne d’arrivée ?

Alexandre : Du soulagement et de la fierté d’être arrivés jusqu’au bout, après un an de travail sur ce projet.

Elsa : Oui, on était soulagés parce qu’on avait eu des problèmes avec la voiture pendant les deux jours de route du marathon. Rationnellement, j’étais donc contente d’être arrivée pour que les mécaniciens puissent vérifier et réparer la voiture, avant qu’on ne reparte pour la France. Mais j’étais triste aussi que le rallye soit terminé.

Racontez-nous un de vos meilleurs souvenirs durant la course.

Alexandre : Un soir, il y a eu un embouteillage à cause d’un bac à sable (sable trop « mou » pour pouvoir avancer avec la voiture), il y avait presque 300 4L bloquées sur la route. On est restés là presque trois heures. Du coup, on est tous sortis pour prendre l’apéro, faire des jeux, s’amuser. Puis il a commencé à faire nuit. Le coucher de soleil, sur la dune, en plein désert, c’était magnifique.

Elsa : Le plus épique qu’il nous est arrivé, c’est quand la 4L ne démarrait plus à cause d’un problème d’arrivée d’essence. On s’était arrêtés et… impossible de redémarrer ! On a dû la pousser dans les montagnes, dans la descente du col de Tichka. C’était assez drôle.

12516108_1101656353218585_1138555220_n

Le 4L Trophy n’est pas seulement une course d’orientation, mais également un projet humanitaire. Le rallye est en lien avec l’association « Les enfants du désert » depuis dix ans. Quel est votre rôle pendant ce voyage ?

Alexandre : « Les enfants du désert » est une association implantée au Maroc, elle est en lien avec dix-sept autres associations là-bas, dans lesquelles elle redistribue nos dons. En moyenne, chaque équipage apporte 50kg de dons. Cette année, on nous a demandé d’apporter deux sacs scolaires complets (avec fournitures) et un sac de sport. On peut aussi faire un don financier supplémentaire. Cette année, je crois qu’ils ont reçu près de 25 000 euros pour la construction d’écoles et 50 tonnes de matériel scolaire.

Elsa : La première journée, on a une remise des dons, on a pu passer un peu de temps avec les enfants. Plus tard pendant le parcours, 40 équipages sélectionnés à l’avance sur dossier ont eu le droit de participer à une autre remise de dons dans une école de la région au lieu d’une étape.

Le rallye essuie parfois quelques critiques, notamment pour son empreinte écologique et sa logique commerciale. Que regard portez-vous sur ces avis après votre expérience ?

Alexandre : C’est vrai que je suis un peu réservé sur l’organisation du voyage, l’inscription est plutôt chère et je trouve qu’on s’éloigne un peu de la philosophie de base du projet, par sa dimension et sa médiatisation de plus en plus importante. Maintenant, ça devient plus un grand rassemblement étudiant qu’un projet humanitaire. C’est organisé par une agence de voyage, par exemple. Mais ça reste une course humanitaire, et même si on sait qu’il y a du business derrière, je ne regrette pas d’y avoir participé.

Elsa : Certains peuvent s’opposer au principe du rallye d’un point de vue écologique, ce que je comprends. Mais ça n’efface pas le projet humanitaire. Je pense même que c’est la différence notable de ce rallye, puisqu’il a un côté utile. Le rallye du 4L Trophy regroupe l’idée du voyage, de l’action humanitaire, de la course automobile : je pense que tout le monde peut s’y retrouver.

12527846_1101656333218587_796610040_n

Quels conseils pourriez-vous donner à ceux qui souhaitent s’inscrire pour l’édition 2017 ?

Alexandre : De prendre une 4L GTL (version plus puissante que notre TL) et de changer les pneus avant de partir, car ceux d’origines sont petits et plus difficiles à trouver en cas de crevaison. Au niveau du budget, il ne faut pas négliger l’entourage et démarcher sa famille, le réseau est très important.

Elsa : C’est bien d’être en lien avec une école ou un collège également, au niveau des dons scolaires. La préparation du projet est longue donc je pense qu’il faut commencer la recherche de sponsors avant l’été. Alors, oui, ça demande beaucoup de temps, mais c’est un projet qui tient forcément à cœur donc on y consacre le plus de temps possible, ça fait aussi partie de l’aventure.

La 4L est l’élément phare de votre traversée, comment décririez-vous la vôtre en un seul mot ?

Elsa : Une battante !

Alexandre : Ma chère et tendre…

Propos recueillis par Florie Cotenceau et Lauriane Perrigault

Présidentielles au Pérou : entre mascarade politique et show publicitaire arrow-right
Next post

arrow-left Photo de la semaine (mars 2016)
Previous post