Les Décloîtrés

// Marie- Les Philippines //

Les Philippines, pays des extrêmes : un challenge personnel

Pays peu fréquenté par les sciences-pistes, les Philippines nous sont présentées par Marie, qui y a effectué deux stages. Une nature sublime mais capricieuse, des habitants d’une gentillesse sans pareille, des conditions de vie difficiles, voilà un petit tour dans un pays plein de surprises.

©Marie Cosse

Avais-tu déjà des connaissances sur les Philippines ? Des attentes ?

Non, c’était un challenge personnel de partir dans un pays en voie de développement, plutôt pauvre, dont je ne connaissais quasiment rien, alors que je n’avais aucun contact et que je parlais assez mal anglais. J’avais vraiment dans l’idée de partir à l’aventure, de sortir de ma zone de confort.

Quelle est la première chose qui t’a frappée à ton arrivée ?

Dès la sortie de l’aéroport à Manille, j’ai été saisie par l’odeur, plutôt horrible : ça sent la friture, l’essence, la chaleur, le goudron. En plus, ça grouille partout, c’est un pays très dense en population, Manille spécialement.

Les Philippines sont composées de nombreuses îles éparpillées, comment cela impacte-t-il la vie de la population ?

Il y a en effet 7 107 îles aux Philippines. La culture, la langue, la nourriture, les rites et les traditions sont différents d’une île à l’autre. Quand on change d’île on a parfois l’impression de changer de pays. Même les moyens de transports sont parfois différents. En revanche ce qui reste constant c’est l’attitude des habitants, qui sont soit très accueillants soit… extrêmement accueillants !

Y-a-t-il beaucoup de touristes ?

Non, le pays est très peu connu, même s’il y a deux ou trois îles assez touristiques. Le président Rodrigo Duterte fait peur aux étrangers, et cette peur n’est pas infondée. Il est connu pour être un maniaque criminel qui a lancé une sanglante guerre anti-drogue. Des milliers de personnes ont été tuées simplement pour avoir été soupçonnées de fumer un joint. Le pays est aussi très touché par les tremblements de terre, les typhons, les tsunamis et les volcans en activité.

©Marie Cosse

Et malgré tout ça tu t’es dit que c’est à cet endroit que tu voulais aller ?

Oui, je me suis dit que la 3A c’est une occasion qu’on a qu’une fois dans sa vie, alors autant profiter de l’occasion de passer plusieurs mois à l’étranger pour aller dans un pays éloigné, très beau mais très différent, qui va vraiment me sortir de ma zone de confort. J’ai adoré, mais je me suis aussi rendu compte que je ne voulais pas passer ma vie dans un pays comme ça.

Concernant la météo, as-tu eu de mauvaises surprises ?

Non, j’ai fait mes deux stages dans des pays touchés par des typhons, le Costa Rica et les Philippines, mais j’y ai échappé. Les deux fois ils se sont déclenchés quand je partais. J’ai juste vécu une inondation à Manille, en quinze minutes l’eau a monté de 60 cm, le moteur du taxi s’est noyé, il n’y avait plus d’électricité, on ne pouvait même plus traverser la route. Tout s’est soudainement arrêté. Alors on attend, les gens ont l’habitude. On parle à la personne à l’autre bout de la chaussée et on allume des bougies.

Que pensent les Philippins de la situation politique du pays ?

Ils sont ultra-fans de leur président, il est vraiment très populaire. Il a insulté Barack Obama, il veut faire la guerre à la Chine, il est sexiste, il a tenu des propos très choquants par rapport à un viol collectif dont une touriste australienne a été victime… mais il est populaire car il ne vient pas de la capitale, les gens ont l’impression qu’il parle comme eux et le voit comme un homme d’action. C’est vrai qu’il a mené des politiques contre la corruption et en faveur des pauvres. Mais sa politique anti-drogue les met réellement en danger : il est très facile de les accuser, personne ne s’occupe de leur défense, donc c’est ainsi que sa politique sert de façade à des règlements de comptes. Il faut imaginer, quand les gens apportent un cadavre au commissariat, ils reçoivent de l’argent. En France c’est inconcevable de supporter quelqu’un comme ça, avec un tel mépris des droits de l’homme, mais là-bas il est vraiment populaire… et ça fait peur. Même mes amis locaux étaient en sa faveur.

Comment t’es-tu adaptée à ce pays si différent de ce que tu connaissais ?

©Marie Cosse

On m’avait dit avant d’arriver que les Philippins étaient très accueillants, mais ça dépasse ce que l’on peut imaginer. Je m’en suis sortie grâce à eux, les gens sont très patients, ils sont toujours là pour nous aider. Après c’est sûr que c’est dur, c’est une culture très différente, ce qui se ressent même dans la façon de penser. On est en Asie, mais la culture ethnique et locale se mélange à la culture américaine, ce qui surprend beaucoup au début. C’est en plus un pays pauvre, et c’est un élément dur à affronter. Tu essayes de te préparer psychologiquement mais quand tu vois la pauvreté personnifiée, c’est difficile. Tu prends ton bus avec des enfants maigres, sales, estropiés, blessés, c’est très choquant, tu ne peux pas vraiment t’y préparer. Mais comme les gens sont toujours là pour t’aider, et ne supportent pas que quelqu’un soit tout seul, l’intégration est plus facile. Finalement, je ne me suis jamais sentie en insécurité.

L’influence américaine est très présente ?

Oui, et ça peut être décevant au premier abord. Je ne m’y attendais mais pas dans de telles proportions. Il y a des fast-foods partout, la société apparaît comme très consommatrice, la musique aussi est essentiellement américaine, tu entends du Justin Bieber très souvent. Quand tu es blanc tu es perçu comme américain, et tu es en quelque sorte vénéré. Cependant il ne faut pas s’arrêter à cet aspect, il y a en même temps une culture locale très riche. On retrouve aussi un peu la culture espagnole dans la religion, le pays est très catholique (ils font même des crucifixions), assez conservateur, et on retrouve aussi du vocabulaire espagnol dans le tagalog.

C’est la langue officielle ?

Il y a deux langues officielles, le tagalog et l’anglais, et une centaine d’autres langues et dialectes sont utilisés. L’anglais est presque plus utilisé cependant. J’ai appris un peu de tagalog et un peu de waray-waray, qui est parlé sur une très petite zone. C’est d’ailleurs assez intéressant car les philippins sont tous polyglottes, ils connaissant le tagalog, l’anglais, la langue de leur village et de celui d’à côté.

Et qu’en est-t-il de la nourriture ?

Je m’attendais à une super nourriture locale… mais en fait non, ils adorent des choses qu’on ne mangerait jamais ! Des têtes de poulet frit au barbecue, des intestins de poulet, des œufs de canard fécondés où tu manges le fœtus avec les plumes… c’est sûr que c’est déstabilisant ! Mais il y a quand même de très bonnes choses, il faut juste chercher un peu.

Peux-tu raconter une anecdote sur tes rencontres avec des Philippins ?

Un jour où je voyageais toute seule, je me suis retrouvée dans un village où il y avait une belle église mais je ne savais pas vraiment ce qu’il y avait de plus à voir. Des Philippins, me voyant seule en train de manger, entament la discussion avec moi. Comme je leur demande ce que je peux visiter, l’un d’eux me propose sa moto pour que j’aille me balader. Je réponds que je ne sais pas conduire de moto, alors l’un deux va chercher quelqu’un pour conduire et me guider. Il m’a montré des endroits que seuls les locaux connaissent, m’a fait manger chez sa grand-mère, qui m’a donné des fruits et m’a ensuite dit d’aller voir son oncle, qui m’a fait promettre de venir dormir chez lui si je revenais ! Finalement les Philippines c’est vraiment le pays des extrêmes : l’accueil des locaux, la beauté de la nature et la richesse de la culture qui se mêlent aux risques naturels, à la pauvreté, la pollution et la violence.

© Marie Cosse

 

Un article d’Alice Lucas. Merci à Marie pour son témoignage.

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