Les Décloîtrés

Julie Yeltsch, Sydney, Australie

 

Lundi 15 décembre, L’Australie a connu une (ou plutôt seize) heures sombres. Dix-sept personnes ont été prises en otage dan un café Lindt, à Martin Place, en plein cœur de Sydney. L’incident, qui a ébranlé tout le pays, s’est soldé par la mort de 3 personnes : le manager du café qui essayait de retirer l’arme du preneur d’otage, une dame de 38 ans qui a voulu protéger son amie enceinte, et le meneur de l’attaque, Man Haron Monis, qui est décédé de ses blessures à l’hôpital.

Photo 1 - Article attentat Martin PlaceIranien, et de confession chiite (puis converti au sunnisme), Monis se serait « autoproclamé cheikh » selon les autorités musulmanes australiennes. Connu des autorités, il «souffrait d’instabilité mentale» ; le 10 novembre, il avait annoncé sur son site internet avoir prêté allégeance au « calife des musulmans », Abou Bakr Al-Baghdadi, le chef du groupe djihadiste État islamique, qui évolue actuellement en Irak et en Syrie. Stupéfaction palpable sur les réseaux iraniens : les Iraniens sont très majoritairement chiites, et les combattants de l’État islamique, de confession sunnite, se déclarent les ennemis jurés du chiisme.
Si le ministère iranien des Affaires étrangères a condamné la prise d’otages en Australie, très peu de titres de presse iranienne ont rapporté les événements meurtriers de Sydney.

Choqués par cet évènement, par la mort des deux jeunes héros (la tentative de Tori Johnson, le manager de 34 ans, a permis à la police de lancer son assaut et ainsi libérer les otages restant), et surtout par la brutalité de l’attaque terroriste, les Australiens ont cependant réagi non par la panique et la colère, mais ont préféré se rassembler autour du combat contre l’islamophobie.

L’étincelle s’est produite via un post de Rachel Jacobs sur Facebook, expliquant qu’elle avait vu à coté d’elle une femme qu’elle présumait musulmane, enlever discrètement son voile : « Je lui ai couru après sur le quai. Je lui ai dit « remettez-le. Je marcherai avec vous ». Elle a commencé a pleuré et m’a prise dans ses bras pendant une minute, puis elle est partie toute seule ».
Littéralement « I’ll ride with you » en anglais, ce post a inspiré de nombreux Australiens, d’abord à Sydney, mais ensuite dans plusieurs autres villes, les incitant à proposer aux musulmans « portant des signes visibles de leur confession, et qui ne se sentent pas en sécurité seuls », de les accompagner dans les transports en commun.
Selon Twitter Australia, en deux heures, plus de 40 000 tweets utilisant l’hashtag #IllRideWithYou ont étés recensés.

Photo 2 - Article attentat Martin PlaceL’hashtag s’est ainsi répandu dans le monde entier, repris sur les différents continents, dépassant l’évènement de Martin Place. Écho à la campagne #NotInMyName quelques mois plus tôt, les mouvements anti-islamophobie prennent de plus en plus d’ampleur. La question reste : #DoesItWork ? Il faudra attendre encore quelques années pour le savoir…

Le dernier mot restera pour le Premier Ministre Tony Abbot qui, touché par le mouvement, aura parfaitement résumé la situation en Australie, lundi durant sa conférence de presse :
“Australia is a peaceful, open and generous society. Nothing should ever change that. »
« L’Australie est une société de paix, ouverte et généreuse. Rien ne devrait jamais changer cela.»

 

Crédits photo des fleurs de Martin Place : breakingnews.com

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