Les Décloîtrés

Publié en novembre 2016, Réussir son Erasmus est le premier livre de Camille Elaraki, étudiante à SciencesPo Rennes. Elle nous y raconte son expérience à l’étranger et nous invite ainsi au voyage.

« Erasmus is not one year of your life, it is your life in one year ». Cette phrase, ça pourrait bien être le slogan de l’année à l’étranger. Le départ est une renaissance, les jours, des découvertes et de l’apprentissage constant, le retour, une petite mort.

Je me réveille ici, en France, un jour de décembre. Je m’arme d’une doudoune, de gants, d’une écharpe pour affronter le froid de l’hiver en pensant que l’année dernière, à la même date, je pouvais réviser en maillot de bain sur la terrasse de ma maison de Cadix. Chaque jour, Facebook me harcèle avec des photos de mes amis, des moments passés en leur compagnie, de ma belle Andalousie en me narguant : « Tes souvenirs comptent pour nous, partage cette photo que tu as publiée il y a un an exactement ». Je repense à des endroits qui ont ponctué mon quotidien, à des personnes qui l’ont animé, à ces langues, l’anglais et l’espagnol, qui l’ont fait chanter.

Et dire que je ne serais jamais partie si on ne mCapture d’écran 2017-01-18 à 09.31.51’y avait pas obligée. Dire que je préférais mes certitudes, mes repères bien enracinés dans mon confort plutôt que la liberté qui se découvre dans le départ . Dire que j’avais peur…

Peur de partir d’abord, puis peur de revenir ensuite. Je sentais la nostalgie me gagner alors que j’étais pourtant encore « là-bas ». C’est à ce moment que j’ai commencé la rédaction d’un livre.

C’était un hommage que je voulais rendre à l’Erasmus, mais surtout un message à ceux qui envisagent de se risquer à cette folle aventure qui consiste à tout envoyer en l’air le temps d’un ou deux semestres.

Je crois qu’on se rend bien compte de la chance qu’on a d’être jeunes à une époque où l’Europe nous offre l’expérience du voyage sur un plateau. Au-delà de la peur de l’autre qui a tendance à nous gagner, un défi nous est lancé : chiche de vous faire étranger ? La question mérite de prendre le temps de la réflexion. On se dit que oui, ça serait bien de partir. Ça doit être une expérience à ne pas manquer ! Alors on se dit que peut-être un jour. Non, pas cette année, mais plus tard, sûrement. On remet ça à un futur incertain en se trouvant des excuses. On n’a pas assez d’argent. On a un copain ou une copine. On est trop famille pour partir si longtemps. On ne parle pas de langue étrangère. Ou tout simplement, c’est le fait de partir à la découverte d’un monde inconnu qui fait peur. Tant celui qui nous ouvre les bras, prêt à nous accueillir, que celui qui sommeil en nous et qui attend qu’on le découvre.

J’ai eu cette idée d’écrire une sorte de « manuel de survie en Erasmus » après un week-end chez une amie à Grenade. Nous avions passé ce temps-là entre Françaises : trois en Erasmus et une autre qui nous rendait visite. Je crois que cette dernière a beaucoup aimé l’Espagne. Elle avait soupiré que nous avions vraiment de la chance de pouvoir vivre cette expérience, que nous avions une vie de rêve en Andalousie. On lui a répondu qu’elle aussi, elle pouvait faire un Erasmus. Elle a secoué la tête en disant que non, elle ne pourrait pas, que trop de choses la retenaient en France.

Ça m’a rappelé mon attitude d’avant mon départ. J’étais terrifiée à l’idée de partir. Je cherchais à me rassurer en parlant à mes amis de promo : est-ce qu’eux aussi, ils avaient peur ? Ça ne m’aidait pas vraiment. Pas plus que les anciens qui déclaraient « c’est plus facile de partir que de revenir ! ». J’avais l’impression de devoir laisser ma vie derrière moi si je voulais continuer à avancer et rien ni personne ne me détournait de ce point de vue assez fataliste et effrayant.

C’était en février, c’est à dire 5 mois après mon arrivée à Cadix que mes amies et moi avons essayé en vain de convaincre notre camarade. Et c’est là que j’ai compris que rassurer demande plus de subtilité que d’énoncer des banalités. Il faut de la persuasion, en montrant, faisant ressentir ce qu’est l’expérience d’Erasmus, par le témoignage par exemple. Il faut aussi de la démonstration rationnelle en déconstruisant les appréhensions, assez illusoires finalement, qui nous retiennent en France.

En rentrant de Grenade, dans mon covoiturage, je pensais à tout ça, à mon propre cas, et à plusieurs de mes amies qui me disaient que non, vraiment, elles ne pourraient pas se résoudre à partir. Et là, je me suis dit que ça serait intéressant d’écrire un livre, une sorte de manuel qui recouperait les témoignages et les analyses. Les étudiants pourraient alors comprendre et ressentir cette chance qu’ils s’offrent dans leur départ. Mon idée, c’était de les rassurer, tout bêtement, les aider à relever le défi Erasmus.
Camille Elaraki

Références du livre :
Réussir son Erasmus, voyage étudiant en Europe et dans le monde, aux éditions Kawa.

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