Les Décloîtrés

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16/10/17

©Benjamin Chiron

 

C’est dans ce cimetière qu’on été entérrées des personnalités politiques ayant marqué l’histoire du pays. Benjamin souligne qu’il « y règne une sérénité étonnante qui contraste avec la fonction du lieu. Les cimetières ne sont pas des endroits où l’on se rend forcément quand on voyage, alors que certains valent le détour comme celui de San José… cela change un peu des plages paradisiaques et autes cocotiers qui viennent plus facilement à l’esprit ».

En arrivant au Chili, je m’attendais à…

Un grand dépaysement culturel et linguistique, à une société pleine de la chaleur latinoaméricaine qu’on idéalise souvent en Europe, où l’on danse la salsa dans la rue jusqu’à la tombée de la nuit. Finalement, il faut avouer que le choc n’a pas été vraiLa Moneda - Santiagoment radical. Le Chili est avec l’Argentine et l’Uruguay le pays d’Amérique du Sud le plus « européisé ».

Les beaux quartiers de la capitale, Santiago, où j’ai vécue six mois, sont très similaires aux nôtres, si on occulte les nombreux gratte-ciels et les palmiers. Par contre, les quartiers moins riches de la capitale apportent eux beaucoup plus d’étonnement.

Quant à la chaleur latino-américaine, en effet les Chiliens sont des personnes très accueillantes et sympathiques mais sans tomber dans le cliché que je pouvais avoir. Ils ne dansent pas énormément la salsa mais plutôt la cumbia, la cueca (danse traditionnelle) ou le reggaeton. L’année dernière, une amie chilienne m’avait dit que les Chiliens étaient les Européens d’Amérique du Sud car ils ne dansaient pas aussi bien que leurs voisins Colombiens ou Argentins, et je crois pouvoir le confirmer partiellement.

A quoi ressemble une journée ordinaire au Chili ?

La vie à Santiago (métropole qui concentre le tiers de la population chilienne)  peut être très différente de celle vécue dans les régions, dont je ne peux pas parler. Concernant la capitale, la journée commencerait dans le bruit, l’animation et la pollution, la ville étant congestionnée et enfumée par les véhicules toute l’année, ce qui entraîne un « smog » (brouillard) qui masque la Cordillère des Andes entourant la ville.

Si vous décidez de prendre le métro, il faudra rester patient, il est totalement bondé en heure de pointe, au point qu’il n’est pas rare de laisser passer quatre-cinq rames avant de pouvoir se faufiler. Idem pour le trajet du retour le soir.

Si c’est l’été (décembre à mars), il faudra aussi supporter une journée très chaude, avoisinant les 30-35 degrés, que la pollution et le manque d’air dans une ville en cuvette comme Santiago ne feront qu’aggraver. D’ailleurs, pour se protéger du soleil chilien très fort et de ses rayons UV dû à une couche d’ozone très fine, certains Chiliens mettent de la crème solaire chaque jour, afin d’éviter de se retrouver « quemado » (brûlé).

Un mot courant et intraduisible en français ?

Un mot que les Chiliens disent énormément est « buena onda ». Son sens réel est difficilement traduisible, il sert à caractériser une personne « cool », sympathique, drôle, avec qui il fait bon passer du bon temps. La version contraire, « mala onda » est bien sûr aussi possible.

Si j’avais su, j’aurais…

Amené plus de produits français ici, culinaires dans les moments où une envie de cuisine française se faisait sentir, ainsi que des produits basiques, comme les produits d’hygiène, de beauté, qui sont plus chers ici, surtout si ce sont des produits français importés. J’aurais également revu mon budget à la hausse, la vie au Chili étant aussi chère qu’en Europe, voire plus pour la nourriture en supermarché par exemple.

http://jactiv.ouest-france.fr/campus/billet-bout-monde-constance-au-chili-73095

 

À la fois présidentielles et législatives, les élections qui se déroulent ce dimanche 10 avril au Pérou auraient, dans le contexte péruvien d’un besoin crucial de réformes, vocation à provoquer un véritable changement. Malheureusement, toute une partie de la population a le sentiment amer qu’elles sont au contraire le témoin criant de l’absence de démocratie dans leur pays.

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Depuis des mois, les candidats aux « elecciones generales » lèvent le pouce et arborent un sourire lumineux sur les panneaux géants affichés dans toutes les rues. Le moment pour les Péruviens de se rendre aux urnes est maintenant tout proche. Dimanche 10 avril 2016 aura lieu le premier tour des élections. Les citoyens péruviens éliront à cette occasion non seulement leur Président de la République, et ses deux vice-présidents, mais également les parlementaires, (répartis entre le « Congreso » (Congrès), et le « Parlamento Andino » (Parlement Andin)). Un dispositif démocratique anodin pour nos sociétés occidentales, mais qui, ici, se trouve n’être qu’une façade aux couleurs criardes, et met plutôt le déficit démocratique dans cet État d’Amérique Latine.

La corruption généralisée, des inégalités criantes, une pauvreté qui touche une immense partie de la population, des désastres écologiques… Les défis à relever, qu’ils soient politiques, économiques ou sociaux sont nombreux au Pérou, et les réformes à mettre en place le sont plus encore. Une montagne à gravir autant qu’une opportunité, pour les partis politiques péruviens, d’y trouver des solutions. Malheureusement, une large partie des citoyens craint qu’à l’issue de ces élections, rien ne change. Certains estiment même que, de démocratie, le régime n’en porte que le nom, et que ces élections ne fassent qu’empirer les choses.

Et pour cause, le processus électoral péruvien, qui parait démontrer l’existence de problèmes très caractéristiques de cette société, se rapproche cruellement d’une comique mascarade aussi triste qu’inappropriée. Pour plusieurs raisons.

Témoin éclatant du racisme très fort qui s’avère toujours d’actualité au Pérou, les candidats aux élections sont, pour une écrasante majorité, aussi blancs que des Européens. Malgré le fait qu’il soit très inhabituel de rencontrer une personne de couleur blanche et de nationalité péruvienne, personne ne parait surpris par ce phénomène. La plupart des gens semblent au contraire très bien s’en contenter, prouvant à quel point la croyance selon laquelle la blancheur de la peau témoigne une forme de supériorité est ancrée dans les mentalités.

Ces visages blancs – et asiatique pour celui de Keiko Fujimori – sont affichés dans toutes les rues. Nombreux sont les murs qui arborent les couleurs et le logo des partis en lice. Sur d’immenses panneaux, les candidats à la présidence et au congrès, le sourire jusqu’aux oreilles, lèvent le pouce ou les deux doigts, comme le ferait le figurant d’une affiche publicitaire. L’objectif est ici plus vraisemblablement de tenter « d’avoir l’air cool » pour attirer l’électorat jeune, peu intéressé par la politique, mais ce phénomène crée un profond décalage avec le sérieux des élections occidentales. Ce fossé est encore davantage creusé par l’attitude des citoyens, qui, lors des manifestations de soutien à un candidat, arborent les couleurs de celui-ci a la manière des supporters d’une équipe de foot.

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Mais, au-delà de l’impression confuse qu’on assiste à un genre de show télévisé ou publicitaire, existe le sentiment que malgré le droit et le devoir de voter que possèdent les citoyens – puisqu’ici, c’est obligatoire –, on échappe à un processus véritablement démocratique. En témoigne par exemple le nombre effarant de candidats. Le Pérou est habitué, pour ses présidentielles, à devoir choisir entre une dizaine de partis. Mais les 19 candidats de 2016 ont battu tous les records. 19 partis différents dans un pays dont l’histoire politique est déjà complexe, particulièrement lorsque leurs propositions ont tendance à toutes se ressembler, ce sont autant de chances d’embrouiller les électeurs. Et cela constitue une garantie du fonctionnement du discours populiste de certains candidats.

Il faut savoir en outre qu’à quelques jours du premier tour des élections, de candidats, il n’en reste plus que 10 – parmi lesquels 2 femmes seulement. En effet, les 9 autres ont retiré leur candidature, ou se sont fait éliminer de la course, soit du fait de la récente loi interdisant les pratiques clientélistes (César Acuña), soit du fait de problèmes administratifs (Julio Guzmán).

« Plus que » 10 candidats, donc, mais que n’épargnent pas toujours la corruption et les scandales. Alan Garcia se présente ainsi cette année pour un troisième mandat à la tête de l’État. Aujourd’hui candidat pour l’Alliance Populaire, il fut éclaboussé par d’importants scandales de corruption il y a quelques années, lorsqu’il occupait la fonction de Président de la République, mais n’avait alors fait l’objet d’aucune sentence judiciaire, faute de preuve – ou plus vraisemblablement grâce à des pots-de-vin généreusement versés à la justice.

Les femmes n’échappent pas non plus aux scandales, puisque Keiko Fujimori, donnée première dans tous les sondages, se moque ouvertement de la loi interdisant les pratiques clientélistes, et s’en donne à cœur joie en distribuant des paniers de nourriture afin d’élargir son électorat. Fille d’Alberto Fujimori, ex président péruvien jeté en prison en 2007 après avoir été accusé de corruption, sa candidature fait polémique au Pérou et donne lieu depuis plusieurs semaines à de très nombreuses manifestations dans tout le pays, à l’image de celle du 5 avril à Lima, qui a réuni plus de 50000 personnes.
Quant à Verónika Mendoza la seconde femme de la course, certains prétendent qu’elle serait liée aux leaders du Sentier Lumineux, ce qui ternit son image et sa candidature.

Ce sont autant d’éléments qui semblent écarter les élections péruviennes de ce dimanche d’un processus démocratique, et c’est pour cette raison que l’Organisation des États d’Amérique, dont l’objectif est la promotion des droits et de la démocratie, a récemment recommandé l’annulation complète de ces élections qui, selon elle, ne sont en rien démocratiques.
Malheureusement, les décisions de cet organe n’ont rien de contraignantes et ses recommandations sont trop faibles politiquement pour avoir un véritable impact. Les Péruviens se rendront donc aux urnes ce dimanche 10 avril pour exécuter ce que certains appellent tristement une « mascarade nationale ».

Par Justine Carnec