Les Décloîtrés

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Noémie Bessette, Sapporo, Japon

En arrivant au Japon,  je m’attendais à…

En arrivant à Sapporo, je m’attendais à cette image traditionnelle et stéréotypée du Japon que toute personne non renseignée sur le pays peut avoir. Pour que la surprise soit complète, j’ai décidé de ne pas trop me renseigner sur l’endroit où j’allais vivre les prochains mois de ma vie. Et aujourd’hui je me suis rendue compte que Sapporo occupe une place à part au Japon, de par son histoire (récente d’un point de vue japonais, bien plus ancienne du point de vue autochtone) et sa situation géographique (île la plus nordique du Japon : Hokkaido). La ville est donc de celles faites de buildings relativement impersonnels organisés en « blocks » pour le côté surface. Puis l’autre surprise survient à la découverte de la ville souterraine (pour la française provinciale que je suis) à la fois centre commercial, accès aux métros, et refuge pour les jours d’hiver où la surface de la terre n’est plus véritablement praticable entre rafales de vent, neige, et couches de glace qui défient l’équilibre de chaque personne s’aventurant sur un tel sol sans ses crampons.

 

A quoi ressemble une journée ordinaire au Japon    ?

Une journée ordinaire rime avant tout avec cours à l’université et peut parfois, période d’examen oblige, se prolonger en une longue soirée studieuse à la bibliothèque. Mais pour qui a besoin d’évacuer la tension, les Japonais ont plein d’options à disposition, à commencer par de charmants petits bars-restaurants (déchaussés sur de petits coussins) où les plus affamés/assoiffés pourront compter sur la formule boissons et/ou nourriture à volonté. Toutefois il faut pouvoir être prêt à supporter l’odeur très présente de cigarette, puisqu’au Japon, fumer dans la rue ou à l’entrée d’une gare peut être mal vu : il y a des espaces prévus à cet effet, mais les lieux autres ont chacun leur politique et la plupart autorisent la cigarette. Enfin, une autre façon de se défouler toute aussi efficace, si ce n’est plus, est un karaoké bien sûr. Peu importe le nombre de participants, c’est une façon certaine de passer un bon moment et pour peu que la chaîne du karaoké soit bien choisie pour les connaisseurs et ceux qui ont le mal du pays, il y a des chances de pouvoir passer quelques chansons françaises (sans avoir exploré tout le répertoire, j’ai déjà pu écouter du Vanessa Paradis et du Véronique Sanson).

 

Qu’est-ce qui t’a le plus surprise   ?

L’habitude la plus surprenante est en réalité une non habitude : il n’existe pas d’expression à utiliser lorsqu’une personne éternue, ce qui est perturbant quand on a cette habitude dans sa culture d’origine. On a toutefois droit à un de ces regards assez surpris et un (presque contrôlé) mouvement de recul. Ce qui, pour toute personne ayant la volonté de s’intégrer à la société japonaise (ne serait-ce qu’un minimum), tend à développer un certain sentiment de culpabilité à éternuer en public.

 

Existe-t-il un mot courant en japonais et intraduisible en français    ?

« Ganbatte ». Ce mot signifie à la fois « bon courage/bonne chance » et « fais des efforts ». Sûrement un peu sur-utilisée par les apprentis de la langue japonaise mais comment peut-il en être autrement d’une expression qui peut dire autant ? Élément utile, il existe aussi la version personnelle « ganbarimasu » où la personne elle-même promet de faire des efforts et de son mieux.

Cette année, je profite de…

découvrir par le plus de moyens possibles (rencontres, voyages, nourriture…) la culture véritablement complexe et multiple d’un pays en apparences très homogène. J’en profite pour en prendre plein les yeux et m’ouvrir l’esprit sur un continent qui n’avait jusque là suscité que peu d’intérêt en moi. Enfin, j’en profite pour me faire des amis de partout dans le monde et surtout je prends rendez-vous avec le futur, avec eux, avec tous les lieux dans lesquels j’ambitionne désormais de me rendre et les cultures que je suis curieuse de découvrir. Cette année, je suis gourmande et je fais des listes qui me prendront toute une vie.

 

Noémie Bessette

«Binge drinking» à la japonaise

Robin Carpentier, Tokyo, Japon.

«Nomihodai», au Japon, c’est ainsi que l’on appelle le type d’établissement dans lequel des collègues, des amis, des partenaires d’entraînement, se retrouvent régulièrement en fin de journée pour boire de l’alcool à volonté. L’ambiance y est très conviviale, pour autant, cette excursion rituelle fermement inscrite dans la société japonaise est symbolique d’un rapport ambigu à l’alcool, allant d’une contrainte sociale pour les plus modérés à une fascination morbide pour l’ivresse pour les cas les plus extrêmes.

Au Japon, boire est partie intégrante de la socialisation. D’aucuns pourraient y voir une résultante directe des codes de politesses drastiques et de la distance formelle qu’entretiennent au quotidien les Japonais vis-à-vis de leur entourage. Il ne s’agit pas ici de généraliser abusivement : il n’est pas rare de pouvoir observer des démonstrations d’affection entre amis ou famille, d’autant plus dans le milieu étudiant où les codes de conduite sont sans doute plus relâchés qu’ailleurs. Il demeure qu’à l’image des différents degrés de politesse (une difficulté majeure dans l’apprentissage du japonais), la société nippone est fortement codifiée, la retenue est de rigueur dans la plupart des situations. (suite…)