Les Décloîtrés

Vancouver Parano

Salvade Castera, Vancouver, Canada

 

Le Canada a souvent une réputation de pays de « gentils Bisounours ». Les gens y sont sympathiques, le taux de criminalité y est bas et les Américains s’y moquent, souvent gentiment, des Canadiens pour leur grande politesse et leur façon d’éviter les conflits.Après quelques mois passés à Vancouver, je peux constater que c’est en bonne partie vrai. Je me sens toujours en sécurité dans la rue, même très tard le soir, et tous les Canadiens que j’ai croisés se sont toujours montrés aimables.

Mais Vancouver a aussi son côté plus « sulfureux » qui reste assez peu connu à l’étranger. En effet, la ville est parfois surnommée la « Amsterdam d’Amérique du Nord » tant il est facile d’y trouver du cannabis et la consommation y est rentrée dans les mœurs.

I love Van

Il faut dire que la réglementation autour de la « weed » en Colombie-Britannique est assez souple. La loi autorise l’achat de cannabis dans un dispensaire sur présentation d’un certificat médical prouvant que l’on est atteint d’une maladie justifiant la consommation de cannabis à titre curatif. En revanche, on ne peut pas transporter plus de 21 grammes sur soi et il est interdit d’en fumer en public.

Mais ça, c’est la loi telle qu’elle est écrite sur le papier… En réalité, il n’est pas rare de voir des gens sortir des joints dans des parcs ou dans la rue. Il y a même un café, le « Amsterdam » qui autorise ses clients à fumer dans la salle. Une amie m’a aussi expliqué qu’elle arrivait à se faire fournir dans un dispensaire alors qu’elle n’est atteinte d’aucune maladie grave. De plus, le réseau de vente de marijuana hors-dispensaire est bien assez développé pour qu’on puisse se dispenser d’un certificat médical : il suffit d’interroger un fumeur qui sera ravi de vous indiquer chez qui il se fournit (Quand on vous dit que les Canadiens sont des gentils…).

Les Vancouverois ont d’ailleurs de bonnes raisons de fumer leurs joints en toute décontraction : seulement 20% des arrestations pour consommation sur la voie publique sont suivies de poursuites criminelles contre 47% pour l’ensemble du territoire du Canada.

Pourquoi tant de relâchement autour de la marijuana à Vancouver ? À mes yeux, cela s’explique par deux facteurs essentiels. D’une part, la mobilisation des militants pro-marijuanas dans la ville, représentés par leur charismatique leader, Marc Emery, ancien vendeur de graines de cannabis, aussi appelé « Le Prince du Pot ». Chaque année, le 20 avril, est organisé le Festival 4/20 : des milliers de militants et de sympathisants pour la légalisation totale de la marijuana se réunissent en face de la Vancouver Art Gallery pour revendiquer et informer le grand public sur les bienfaits du cannabis. Mais c’est surtout une manifestation joyeuse où les gens se rassemblent pour fumer et écouter des groupes de musique.

D’autre part, la plupart des Vancouverois tiennent à entretenir un mode de vie sain et naturel. Les supermarchés débordent de produits « vegan », « healthy », « gluten free » et même les toutes petites épiceries proposent des produits biologiques ou alternatifs comme du lait d’amande ou du beurre végétal. Beaucoup de personnes profitent de leurs week-ends pour faire du yoga ou du footing dans les nombreux parcs de la ville. Cela pourrait expliquer la popularité du cannabis qui a la réputation d’être une drogue plus saine et naturelle que la cigarette ou l’alcool qui sont très mal perçus.

La récente déclaration de Justin Trudeau, leader du Parti Libéral du Canada, qui se dit en faveur de la légalisation du cannabis a récemment relancé le débat au Canada. En tout cas, à Vancouver, la plupart des avis sont déjà tranchés : « Legalize now ! »

 

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